L’autonomie fourragère : un enjeu essentiel pour les exploitations laitières bio

Une vache laitière française consomme chaque jour, en moyenne sur une année, 56 kg d’aliments végétaux. Et sur ces 56 kilos d’aliments, 90% sont du fourrage(1). Parvenir à “l’autonomie fourragère”, c’est-à-dire la capacité à couvrir les besoins du troupeau grâce aux fourrages produits sur l’exploitation, constitue donc un pilier important pour la rentabilité économique de toute exploitation d’élevage.

C’est d’autant plus vrai en bio, non seulement pour répondre au cahier des charges qui exige que la majeure partie de la ration annuelle soit produite sur l’exploitation, mais aussi pour une question de sens et de cohérence avec les principes fondamentaux de la bio.

L’autonomie fourragère

Développer le “lien au sol” : une question de sens

Parmi les grands principes de l’agriculture bio, le fait de n’utiliser ni pesticides ni engrais chimiques est sans doute le mieux connu. Pourtant, celui du “lien au sol” est également fondamental.

Pour l’élevage bio, cela repose sur les trois principes suivants : en toute logique, l’interdiction de l’élevage hors-sol, c’est-à-dire d’un mode d’élevage intensif où les animaux sont maintenus à l’intérieur des bâtiments et nourris essentiellement avec des aliments produits hors de l’exploitation, apportés sur place (2). L’alimentation du troupeau doit provenir majoritairement de l’exploitation elle-même, ou si besoin, d’une autre exploitation biologique de la même région. Enfin, les effluents d’élevage doivent être répandus sur les terres agricoles bio de l’exploitation.

Le “lien au sol” repose donc sur une interaction forte entre le troupeau et son environnement direct, créant un cycle de ressources naturelles et une chaîne alimentaire complète. En ce sens, le lien au sol développe une forme d’autonomie, comme capacité à répondre à ses propres besoins, sans intervention extérieure.

Rechercher l’autonomie alimentaire en élevage, c’est aussi mettre en place un équilibre : on ne peut élever plus d’animaux que le sol ne puisse nourrir, comme on ne peut produire plus de déjections que le sol ne puisse recycler entièrement.

Atteindre l’autonomie fourragère, une équation complexe

Parvenir à l’autonomie fourragère, en produisant 100% des besoins alimentaires fourragers du troupeau (herbe pâturée, foin, ensilage d’herbe, enrubannage), ne va pas sans une réflexion globale sur l’ensemble de l’exploitation et la mise en place d’une gestion pointue.

C’est un processus complexe, toujours en devenir. Il faut identifier les besoins et les contraintes spécifiques propres à chaque exploitation, et trouver la bonne adéquation entre les surfaces disponibles et accessibles au pâturage, les effectifs animaux, les objectifs de production et les conditions climatiques. Dans cette démarche, chaque éleveur choisit les outils les plus pertinents, en fonction des caractéristiques de son exploitation.

  • L’optimisation du pâturage : C’est l’un des principaux leviers du système fourrager autonome. Valoriser l’herbe, c’est tout à la fois améliorer la qualité des prairies, privilégier les prairies composées de plusieurs espèces, issues d’au moins deux familles de plantes fourragères (graminées et les légumineuses), surveiller la pousse de l’herbe, planifier ses prévisions de fauche…
  • La conservation et le stockage du fourrage : Une nécessité, autant pour garantir la ration hivernale des animaux que pour faire face à des aléas climatiques, comme la sécheresse. De nombreux éleveurs bio choisissent de s’équiper d’un séchoir en grange pour améliorer leur autonomie fourragère. Le printemps étant la saison la plus favorable à la pousse de l’herbe, constituer des stocks à cette période permet d’avoir en réserve plusieurs mois de la consommation fourragère d’un troupeau et de sécuriser l’alimentation en fourrage « maison » des animaux.
  • La bonne conduite de pâturage : Il s’agit de sortir les animaux le plus tôt possible au pâturage, jusque le plus tard possible dans la saison. On peut aussi mettre en place un “pâturage tournant”, en découpant une grande prairie en plusieurs petites parcelles, ou paddocks, qui seront pâturées successivement. Les animaux disposent ainsi d’une nouvelle surface pour pâturer de l’herbe de qualité, faite de jeunes pousses. Il convient aussi d’adapter la taille du troupeau au potentiel du sol, en recherchant le chargement idéal.

Etre autonome : plus de résilience, plus de pérennité

Ne pas être autonome, c’est être dépendant : or, la dépendance induit une vulnérabilité qui est toujours, plus ou moins, antagoniste de la durabilité.

Le plus souvent appliqué aux personnes, le concept de résilience vaut aussi pour les exploitations laitières : c’est la capacité d’une exploitation à revenir à un régime de croisière après une perturbation. Une exploitation est donc dite résiliente si, à la suite d’un aléa, elle parvient à retrouver un état d’équilibre proche de l’état initial. La vitesse pour retrouver l’état initial, témoigne également de son niveau de résilience(3).

Plus l’aptitude d’une exploitation à résister aux chocs des aléas climatiques ou économiques est grande, plus elle est résiliente, plus sa pérennité est assurée. Un des facteurs clé pour augmenter sa résilience est de réduire les charges de structure (4), notamment au augmentant la part de l’herbe pâturée. En effet, l’herbe pâturée coûte entre 3 et 5 fois moins cher qu’un fourrage stocké (5): c’est donc, de loin, la ration la plus économe pour les vaches laitières.

En bio, produire son propre stock fourrager est une condition de pérennité de l’exploitation : l’achat récurrent de fourrage bio (comme l’exige le cahier des charges AB) constitue une charge importante, qui contribue à accentuer la fragilité de l’exploitation, surtout en période de crise. En effet, le prix à la tonne est plus élevé, et les disponibilités bien moins grandes qu’en conventionnel. Pourtant, 40% des exploitations recourent régulièrement aux achats de fourrages (6).

Chercher une meilleure autonomie en fourrages, voire une autonomie complète, constitue donc un objectif majeur en bio pour assurer la pérennité de son exploitation laitière.

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Les fourrages

On distingue 3 catégories de fourrages, sur base de leur mode de conservation et de leur teneur en matière sèche : les fourrages verts, les ensilages et les fourrages secs. Une 4ème catégorie d’aliments peut être assimilée aux fourrages : les racines, tubercules et leurs dérivés.

1. Les fourrages verts :
Les fourrages verts désignent les herbes. L’herbe pâturée est un fourrage de valeur nutritionnelle élevée, peu coûteux à produire, et qui constitue l’aliment principal de la ration de la vache laitière.
La qualité de l’herbe est variable, influencée par de nombreux facteurs : le stade de végétation (l’âge de l’herbe), la composition botanique de la prairie, la saison (le cycle de végétation), mais aussi le sol et le climat. La flore des prairies cultivées par se compose en général d’un mélange de graminées (ray-grass anglais, fléole, dactyle, fétuque des prés, pâturins…), de légumineuses (trèfle blanc, trèfle violet) et de plantes diverses (pissenlits, renoncules…)

2. L’ensilage :
L’ensilage est un système de conservation des fourrages par fermentation anaérobique (en l’absence d’oxygène) dans un silo : des bactéries transforment les sucres solubles en acides organiques (principalement de l’acide lactique et de l’acide acétique) qui font chuter le pH dans l’ensilage. Celui-ci devient alors stable.
Les principaux aliments ensilables sont l’herbe, le maïs plante entière (ou grain humide), les dérivés de betteraves (principalement pulpes humides et pulpes surpressées) et les céréales immatures.
L’ensilage est réalisé soit dans différents types de silos, ou soit par enrubannage de balle ronde ou carrée.

3. Les fourrages secs :
Les fourrages secs comprennent les foins et les pailles (incluant la luzerne, qui peut notamment être valorisée sous forme de foin). Le foin est un aliment résultant de la déshydratation des produits herbacés dont la teneur en eau passe de 80 à 15 %.
Ces aliments ont une teneur en matières sèche élevée, supérieure ou égale à 85 %, sont riches en fibres, et issus de l’exploitation des herbes à des stades assez avancés. Dans le cas de la production de foin, on utilise les tiges et feuilles des graminées et des légumineuses, tandis que la paille est le coproduit de la production des céréales.

Source : http://www.fourragesmieux.be/Documents_telechargeables/Cuvelier_C_&_Dufrasne_I_Livret_alimentation_des_VL_2_Aliments_et_calculs.pdf


Le séchage du foin en grange

Le séchage en grange consiste en la récolte d’un fourrage préfané dont le séchage se poursuit en grange par ventilation d’air chaud.
De l’air chaud est pulsé, via un ventilateur situé à la base d’une cellule de stockage. L’air circule de bas en haut à travers le tas de foin reposant sur un caillebotis en bois.

Après 2 à 3 semaines, on obtiendra un fourrage complètement sec, appétent pour les animaux et présentant une très bonne qualité nutritionnelle. Il n’est pas nécessaire d’attendre que la 1ère couche soit sèche pour en ajouter une nouvelle. Aussi, les couches de foin s’empilent dans la cellule au fur et à mesure des récoltes, en couches successives de ± 1 m de hauteur.

Cette technique de récolte nécessite une organisation très différente du schéma classique, puisqu’elle est davantage axée sur de petites fauches en chantier individuel. Elle offre ainsi une grande souplesse dans la gestion des prairies, avec la possibilité de débrayer à tout moment une parcelle dont le stade de pâture serait trop avancé.

Le foin ventilé est un fourrage d’excellente qualité. D’une part, l’herbe est moins travaillée et moins abîmée par les engins de fanage que lors de la réalisation d’un foin séché au champ, et d’autre part, les pertes via les feuilles, surtout des légumineuses, sont réduites. Le foin produit est donc plus riche en protéines, ce qui permet une diminution des achats de protéines végétales par l’exploitant, et donc une augmentation de son autonomie alimentaire.

Source : http://www.fourragesmieux.be/Documents_telechargeables/Cuvelier_C_&_Dufrasne_I_Livret_alimentation_des_VL_2_Aliments_et_calculs.pdf


[1] Observatoire de l’alimentation des vaches laitières, 2011

[2] http://dico-sciences-animales.cirad.fr/liste-mots.php?fiche=9889&def=%C3%A9levage+hors-sol

[3] http://www.itab.asso.fr/downloads/resilait/resilait-fiche_efficience-resultats.pdf

[4] https://fr.slideshare.net/idele_institut_de_l_elevage/space2018-determinants-efficience-et-de-la-resilience-en-production-laitiere-biologique

[5] http://www.web-agri.fr/partenaire/autonomie-alimentaire/article/grande-autonomie-fourragere-2908-137241.html

[6] http://idele.fr/fileadmin/medias/Documents/Optialibio/Marine_Philippe_Memoire_VF.pdf