La banque a un rôle à jouer pour accompagner les cédants et former les jeunes

Rencontre avec Jean-Emmanuel Zaragoza, responsable du développement marché agriculture au Crédit Agricole Normandie.

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©CreditAgricole

Depuis un an, Jean-Emmanuel Zaragoza est responsable du développement marché agriculture au Crédit Agricole Normandie de Caen. Auparavant conseiller bancaire auprès des exploitants agricoles dans le Bessin, il a désormais en charge le développement, la stratégie et l’accompagnement des agriculteurs dans trois départements : l’Orne, la Manche et le Calvados. Parmi les agriculteurs, 75 à 80% sont des exploitants installés par le Crédit Agricole, dont environ 20% en bio, un chiffre en croissance ces dernières années.

Bien préparer la transmission d’exploitation en amont

“Le Crédit Agricole est la banque leader en France sur les marchés agricoles, avec 76% de parts de marché. Le poste que j’occupe existe dans tous les Crédits Agricoles de France : autant dire que nous sommes au plus près des réalités du terrain et des besoins des agriculteurs”, explique-t-il.

En activité dans une région où le secteur laitier est primordial, ce responsable partage les préoccupations actuelles concernant le renouvellement des générations en élevage laitier : “Chacun sait qu’il n’est pas simple de céder son exploitation dans de bonnes conditions, ni de s’installer. La pyramide des âges fait qu’il y a beaucoup de départs à la retraite et on trouve moins facilement des repreneurs. Il y a donc un déséquilibre préoccupant qui se met en place. Et cela dans le cadre d’un modèle qui est en train de changer, vers une transition agro-écologique… Je suis convaincu que nous avons un rôle à jouer pour accompagner les cédants, pour former les jeunes, comme pour aider à transformer le système.”

Anticiper, et prendre le temps de préparer correctement la transmission des exploitations plusieurs années en amont représente pour J-E Zaragoza une condition essentielle de succès : “Nous conseillons les cédants sur la meilleure stratégie à suivre et les bonnes pratiques pour que leur situation soit la plus “saine” possible au moment de la cession. Par exemple, il ne faut surtout pas surinvestir en fin de carrière, c’est contreproductif et négatif pour la reprise… ».

Parallèlement, les conseillers bancaires auprès des agriculteurs sont à même de travailler avec eux sur leur projet de retraite sur le plan économique et financier, dans le contexte particulier de la transmission de leur exploitation.

Développer ses compétences avant de s’installer

Le responsable du développement marché agriculture est aussi amené à conseiller et accompagner les candidats à l’installation : « Nous pouvons soutenir les installations, en prenant par exemple en charge une caution, et en apportant des solutions de financement ».

Evoquant les freins à l’installation des jeunes agriculteurs –comme le coût élevé, le prix des terres, la rentabilité trop faible–, il considère que d’autres paramètres sont également très importants pour bien démarrer et développer l’activité : « Bien sûr, l’aspect financier de l’installation est primordial, mais il existe des solutions et des dispositifs, comme par exemple le portage de foncier. Ce qui me semble également très important, et qui doit être travaillé avec soin, c’est le développement des compétences. Aujourd’hui, pour diriger une exploitation, il est nécessaire d’être très compétent, autant en tant que chef d’entreprise que sur les savoir-faire agricoles comme la conduite du troupeau ». Avoir effectué un parcours de formation de qualité, accompagné par un plan de financement, constitue un atout majeur pour la réussite des futurs exploitants.

De nouveaux dispositifs favorables pour les éleveurs

Egalement partenaires de laiteries, la banque peut également jouer un rôle dans la mise en place des conditions favorables : « Le fait d’être aux côtés du client et du fournisseur, en amont et en aval de la filière, peut permettre de davantage répartir les risques de financement, ce qui est toujours positif ».

D’ailleurs, le Crédit Agricole fait partie du réseau bancaire (avec le Crédit Mutuel, la banque Populaire et Arkéa), qui propose depuis cette année des prêts dont la garantie sera prise en charge non pas par l’agriculteur, mais par l’instrument financier du dispositif. Soutenu par le Fonds européen d’investissement et mis en place par le Ministère de l’Agriculture, ce nouveau dispositif est destiné à garantir des prêts finançant l’installation, la montée en gamme et la transition agricole. Concrètement, les agriculteurs bénéficiaires de ces prêts spécifiques n’auront donc plus de garanties personnelles à présenter, et feront donc l’économie de frais de garantie, notamment d’hypothèque. « L’objectif de l’outil est de limiter les garanties personnelles exigées pour l’octroi d’un prêt », a expliqué le ministre. « Ces garanties demandées sont beaucoup trop importantes. »

Selon le ministère, sur les quatre prochaines années, 10 000 agriculteurs seront accompagnés, pour un financement moyen de 110 000 €. Le dispositif sera ouvert aux candidats à l’installation, aux jeunes installés depuis moins de 7 ans, et à ceux qui souhaitent opérer une un passage en bio ou une montée en gamme de leur production. Toujours selon le ministère, le dispositif bénéficiera surtout aux éleveurs (58 % des projets bénéficiaires concerneront les filières d’élevage).

Enfin, la gestion du risque passe aussi par une bonne protection des exploitations, en termes de préparation, comme de solutions. « Aléas humains, économiques, climatiques, l’assurance est fondamentale, d’autant plus quand on débute son activité », souligne Jean-Emmanuel Zaragoza. Le Crédit Agricole propose des tarifs préférentiels pour les agriculteurs de moins de 40 ans, pendant les 5 premières années de leur installation : les garanties cheptel ou bâtiments sont destinées à compenser d’éventuelles pertes de revenus importantes et assurer la pérennité de l’exploitation.

Sources :

Sources :
https://www.credit-agricole.fr/ca-normandie/agriculteur/conseils/m-installer/installation.html#minstaller-en-bio
https://www.terre-net.fr/actualite-agricole/politique-syndicalisme/article/quatre-banques-proposeront-debut-2020-des-prets-garantis-par-l-inaf-205-164894.html