Agir contre le gaspillage alimentaire !

Dix millions de tonnes d’aliments consommables partent chaque année à la poubelle en France[1]: un chiffre effarant et un vrai défi à relever alors que le pays s’est engagée à réduire de moitié le gaspillage alimentaire d’ici 2025[2]. Et si on commençait par ramasser les fruits des vergers abandonnés de notre région ? Ou qu’on récupérait les légumes locaux qui ne seront pas mis sur le marché faute d’être bien calibrés ?

C’est à partir de cette idée simple et efficace que plusieurs associations luttent depuis plusieurs années contre ce gâchis en organisant cueillettes et glanages solidaires. De la bonne volonté, de l’énergie et des convictions qui ont permis de sauver de la poubelle des tonnes de fruits et légumes !  

  • Cueillette Solidaire à Grasse (Alpes-maritimes)

En s’installant à Grasse il y a une vingtaine d’années, Sophie Allain, normande d’origine, est frappée de voir le nombre de vergers qui ne sont pas exploités et d’arbres fruitiers dont les fruits ne sont pas ramassés. En effet, dans cette région autrefois agricole, les exploitations ont peu à peu été remplacées par l’habitat résidentiel. Du coup, les arbres fruitiers fleurissent toujours dans les jardins, mais personne ne s’en occupe plus.

Devant l’ampleur du gaspillage de ces ressources naturelles, Sophie Allain forme alors le projet des cueillettes solidaires qui prend forme en 2012. Soutenue par le groupe coopératif Renouer, qui défend l’économie sociale et solidaire, elle convainc alors des communes et des particuliers de sa région d’ouvrir leurs jardins aux bénévoles de l’association pour récolter les fruits avant qu’ils ne pourrissent.

Crédit photo : Renouer

Depuis 2012, 50 tonnes de fruits et de fleurs locaux ont été ramassés par 250 bénévoles : kumquats, coings, kakis, oranges, raisin, fleurs d’oranger, fleurs de sureau, figues, pommes, prunes, lavande, olives… Les propriétaires et les cueilleurs bénéficient d’un pourcentage de la cueillette et le reste est traité par l’association, sous forme de vente des fruits frais ou transformés (confitures, sachets de lavande, eau florale, huile essentielle, huile d’olive, eau de fleur d’oranger…).

Outre la lute contre le gaspillage alimentaire, l’initiative a aussi permis aussi de créer de l’activité économique : ainsi, les recettes des ventes permettent de salarier 10 à 15 personnes pendant 3 mois pour la récolte des olives. Depuis 5 ans, une cuisinière permanente salariée s’occupe de la transformation des produits, distribués dans la boutique qui emploie deux personnes.

Et puis, les cueillettes solidaires sont aussi une façon de tisser des liens conviviaux entre les habitants et de partager le plaisir de manger de bons fruits locaux, que ce soit pour la centaine de propriétaires qui ont ouvert leurs portes, les bénévoles cueilleurs actifs qui repartent avec un panier plein, les restaurateurs de proximité livrés en fruits frais à moindre coût, ou encore les acheteurs sur les marchés…

  • Fruimalin  à Dijon :

“Pour cueillir, il faut du temps, il faut être présent au bon moment. Une partie des arbres fruitiers ne vit plus aux mêmes rythmes que leurs propriétaires. Ce n’est pas de la négligence, c’est simplement que la vie passe et que les arbres restent, les enfants ont grandi et ne grimpent plus dans l’arbre, on part en vacances pendant que les fruits mûrissent, on va moins dans la maison de campagne, on ne peut plus monter à l’échelle, il faut pouvoir redistribuer autour de soi, avoir le temps encore pour faire des bocaux de fruits ou des confitures ”, observe Thierry Deiller, fondateur de l’association Relais Planète solidaire. “Et pendant ce temps là, les organisations de solidarité ne peuvent plus satisfaire la demande. L’opération est donc aussi simple que ce constat : vous avez des fruits ou des légumes excédentaires ou qui ne seront pas cueillis ? Ne les laissez pas se perdre !”.

C’est avec beaucoup de bon sens, et choqué de voir les voitures écraser des kilos de mirabelles tombées sur la chaussée dans une rue de Dijon, que Thierry Deiller lance cet appel dans la presse locale en 2007. “Des dizaines de particuliers m’ont ouvert leur jardin. À l’automne 2009, nous avons organisé notre première collecte avec un groupe de bénévoles et récolté cinq tonnes de fruits ! ». Depuis, l’association Fruimalin cueille également dans la nature et chez des producteurs bios qui donnent leurs surplus ou les produits recalés au tri. 

En dix ans, environ 500 kilos de fruits ont été récoltés chaque mois. Les plus beaux, soit environ 10 % de la récolte, sont donnés au propriétaire du jardin, aux bénévoles qui les ramassent et au secteur caritatif. Le reste est transformé en confitures, en sirop, en jus, en compotes, que l’association vend dans ses locaux et sur les marchés. Thierry Deiller a investi dans un local, une chambre froide et un pressoir. Mais c’est toujours avec les adhérents de l’association qu’il transforme les fruits abîmés, imagine de nouvelles recettes ou déguste les produits : des moments de convivialité pour “préserver, valoriser, et échanger”, au coeur de la démarche de Fruimalin.

  • Re-Bon à Nantes (Loire Atlantique) :

Vingt-deux tonnes de fruits et légumes récupérés et redistribués en 5 ans : c’est ce qu’est parvenu à réaliser le réseau de glanage nantais Re-bon, en ramassant le surplus des producteurs ! D’un côté, des producteurs de fruits et légumes qui « gâchent » des centaines de kilos de leur production, de l’autre des associations ou des banques alimentaires qui peinent à répondre aux besoins en produits frais : entre les deux, un collectif de bénévoles qui a décidé d’agir.

Crédit photo : ©Association Re-Bon

Plusieurs raisons peuvent expliquer qu’une partie des fruits et légumes ne soient pas mis sur le marché : soit parce qu’ils sont “vilains”, soit parce qu’ils constituent un surplus de production. A son démarrage, l’association a donc commencé par démarcher des producteurs locaux, avec parfois des difficultés à convaincre les maraîchers d’ouvrir leurs exploitations aux glaneurs. Le réseau a ensuite appris à s’organiser rapidement pour récupérer ces denrées, et à mettre en œuvre une logistique bien rôdée : estimer la quantité à ramasser, les cagettes et le nombre de bras nécessaires, et écouler le stock à temps par rapport à la périssabilité des produits…

​Aujourd’hui, ce sont désormais dix-huit maraîchers de la région nantaise qui donnent régulièrement accès à leur exploitation pour que Re-bon récupère fruits et légumes. En plus de contribuer à la lutte contre le gaspillage, les maraîchers bio qui pratiquent la rotation des cultures y trouvent des avantages : quand l’intégralité du champ est récolté après le passage des glaneurs, le sol est assaini et prêt pour de nouvelles cultures.

Grâce aux 500 bénévoles mobilisables (une quinzaine environ étant nécessaire à chaque opération), Re-bon a organisé plus de 200 opérations de glanage dans les exploitations de Loire Atlantique et Nord Vendée. Les produits récoltés sont ensuite entièrement redistribués à des associations d’aide alimentaire, à la Croix Rouge et aux banques alimentaires locales.

D’autres associations de cueilleurs et glaneurs solidaires en France :


[1] https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2018/06/07/le-gaspillage-alimentaire-en-france-en-chiffres_5311079_4355770.html

[2] https://www.ademe.fr/expertises/dechets/passer-a-laction/eviter-production-dechets/dossier/reduire-gaspillage-alimentaire/enjeux