Rencontre avec Estelle Maruzzo, Directrice Générale de Cultures et Compagnies

Parce que d’un côté il y a des espaces verts non utilisés et de l’autre des maraîchers bio sans terre, Cultures et Compagnies s’est donné pour mission d’installer un maraîcher bio indépendant sur toutes les surfaces avec un potentiel cultivable ! Entreprises et collectivités locales mettent gratuitement à disposition leur terrain, Cultures et Compagnies accompagne toute la création de la micro-ferme, et le producteur vend en direct sa production aux employés ou riverains : une belle initiative pour permettre l’installation de davantage de maraîchers, en particulier autour des villes, et offrir aux citoyens la possibilité de bien se nourrir, bio et local.

Des maraîchers sans terre et des terres sans cultures

On sait combien l’accès au foncier est de plus en plus compliqué pour ceux qui veulent s’installer en agriculture : entre l’offre limitée, la nécessité de disposer de capitaux importants, et une rude concurrence entre les porteurs de projets, c’est un peu le parcours du combattant. « Un maraîcher peut mettre jusqu’à trois ans pour à trouver des terres où s’installer, en particulier près des grandes villes, où les transactions agricoles sont de plus en plus rares ! », confirme Estelle Maruzzo, Directrice Générale de Cultures et Compagnies.

« Pourtant, rien qu’en qu’en petite couronne d’Ile-de-France, on peut estimer que les entreprises détiennent 10 000 hectares d’espaces cultivables ».  Si on y ajoute le patrimoine naturel des collectivités locales, – friches, espaces verts, prairies – le potentiel exploitable pour cultiver est assez impressionnant.

Ajoutons à cela l’appétit grandissant des consommateurs pour les fruits et légumes bio, auquel la production actuelle n’est pas en mesure de répondre : 41% des fruits et légumes bio consommés en France sont importés, avec une augmentation constante d’année en année.* D’un côté des ressources, de l’autre des besoins : ne reste plus qu’à résoudre l’équation.

C’est à partir de ce constat, et avec la volonté d’agir pour trouver des solutions, que Cultures et Compagnies voit le jour en 2018, « avec pour objectif de mettre les uns et les autres en relation, mais aussi d’accompagner tout le projet de création d’une micro-ferme bio, de A à Z ».

De l’analyse des sols au panier de légumes bio

Le projet de Cultures et Compagnies est d’installer des maraîchers sur les espaces verts cultivables en zone péri-urbaine. « Prairies, friches et pelouses, avec de préférence des surfaces supérieures à 1 000 m², seront mis à disposition gratuitement par des entreprises et des collectivités locales intéressés par la démarche », explique Estelle Maruzzo. Cultures et Compagnies intervient alors en tant que bureau d’étude pour étudier la faisabilité du projet et développer la conception : analyse poussée des sols (d’autant qu’il s’agit de mettre en place un production certifiée AB), de l’environnement, des atouts et des points faibles. Si besoin, certaines recommandations préalables sont délivrées, comme par exemple la mise en oeuvre de traitements “dépolluants” si le sol n’en est pas exempt.

©Cultures et Compagnies

Une fois l’étude de faisabilité terminée, l’installation de la ferme maraîchère peut commencer, toujours avec l’accompagnement de Cultures et Compagnies. Le mode de production visé est qualifié de « bio-intensif » : faiblement mécanisé, privilégiant un travail superficiel du sol, l’utilisation d’engrais verts et le minimum d’intrants biologiques.

Enfin, dernière étape du processus, la production diversifiée est vendue sur place : les usagers du site repartent avec leurs paniers de fruits et légumes bio, en direct du producteur ! A plus long terme, la jeune entreprise imagine aussi d’autres débouchés : paniers AMAP, cantines scolaires locales, restaurant d’entreprise…

Donner du sens à ce qu’on fait et à ce qu’on mange

A l’origine de Cultures et Compagnies, Claudio Muskus a été dans une première vie directeur commercial d’une startup digitale. Aux abords de la trentaine, le besoin de réorienter sa vie professionnelle pour lui donner davantage de sens se fait ressentir. Après avoir démissionné, il consacre une année à rencontrer des maraîchers bio, grâce au WWOOfing. L’expérience l’enthousiasme, mais est aussi pour lui l’occasion de prendre conscience des difficultés du monde agricole : celle d’accéder à la terre pour les jeunes agriculteurs, comme celle de se rémunérer correctement…

L’idée de Cultures et Compagnies commence à prendre forme, et se concrétise avec la rencontre d’Estelle Maruzzo. “Nos profils sont complémentaires, avec plusieurs points communs : la trentaine, l’envie d’entreprendre et d’agir, et un grand virage dans notre parcours qui ne nous apportait pas satisfaction”, ajoute la jeune femme. “ Je travaillais dans une PME du secteur de l’industrie, d’où j’ai démissionné avec l’envie de me réorienter. La rencontre avec Claudio a été décisive : j’ai tout de suite été totalement convaincue par son idée !”.

Aujourd’hui l’équipe s’est étoffée, avec à leurs côtés un ingénieur agronome et un stagiaire chargé du développement. Leur engagement pour un modèle agricole de proximité à taille humaine leur vaut d’être reconnus comme entreprise solidaire d’utilité sociale (agréée ESUS).

Un projet aux multiples impacts positifs

Chacun des acteurs, – entreprises et collectivités locales, maraîchers et consommateurs –, trouve des avantages évidents dans le projet. Côté entreprises, la démarche s’inscrit dans la politique RSE (responsabilité sociale des entreprises[1]), qui concerne leur contribution au développement durable. Et c’est aussi une façon d’améliorer le bien-être au travail des collaborateurs que de leur donner la possibilité de pouvoir se fournir en fruits et légumes frais directement sur leur lieu de travail !

Pour les maraîchers, c’est bien évidemment la possibilité de s’installer sans frais ni investissement : le terrain est prêté aux maraîchers, et le matériel (serres, système d’irrigation) également financé par ceux qui mettent le terrain à disposition. Idem pour la commercialisation, faite sur place, qui réduit drastiquement les coûts logistiques pour le producteur. L’appel à candidatures lancé par Cultures et Compagnies a d’ailleurs été entendu, recevant de nombreuses réponses de maraîchers aux profils variés : hommes, femmes, jeunes et moins jeunes, néo-ruraux ou expérimentés…

Enfin, pour les salariés ou riverains, c’est un moyen ultra simple et pratique de se fournir en fruits et légumes frais bio, de qualité et de saison, à kilomètre zéro. Sans parler du lien qui se tisse, de l’intérêt et du plaisir qu’on peut développer à se nourrir de légumes que l’on a vu planter, puis pousser !

Cultures et Compagnies se réjouit de voir ses premières réalisations prendre forme : l’installation et l’animation d’un jardin-maraîcher de 2 000 m² à Noisy-Le-Grand (93) sur les espaces verts disponibles d’une entreprise, ainsi que d’autres avec des collectivités locales en Ile- de-France et dans la région bordelaise. Alors que les projets ont été provisoirement mis en pause, la motivation et les convictions de l’équipe n’en sont que plus fortes : “La situation actuelle a gelé les projets en cours”, explique Estelle Maruzzo, “mais nous sommes impatients de revenir sur le terrain ! La crise a montré le besoin d’autonomie alimentaire de nos territoires, le nécessaire retour à des circuits courts. Notre projet va dans ce sens, tout en créant des emplois non délocalisables. Nous voulons contribuer à recréer des ceintures nourricières, pour que les français puissent consommer bon, local, dans le respect des producteurs et de la terre. »

*Source : Cultures et Compagnies

[1]

https://www.novethic.fr/entreprises-responsables/quest-ce-que-la-rse.html