Moins de gaspillage alimentaire, pas d’emballages jetables : voilà ce que les épiceries en vrac day by day proposent aux consommateurs depuis 2013. Co-fondateur du premier réseau d’épiceries en vrac en France, David Sutrat ne cesse depuis d’oeuvrer pour développer et promouvoir ce mode de consommation plus responsable. Une aventure et des engagements qu’il partage avec enthousiasme et conviction.

David Sutrat

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Pionnier de l’épicerie en vrac

Arrivé à la quarantaine et après une vingtaine d’années dans le marketing côté développement des réseaux de distribution, David Sutrat ressent l’envie de se lancer dans un projet plus personnel. C’est alors que Didier Onraita, son complice de longue date, lui parle d’un sujet qui l’intéresse déjà depuis plusieurs années : le commerce en vrac. Ils partagent l’envie de changements dans leur vie professionnelle, et surtout le désir de travailler ensemble sur un projet qui ait du sens : voilà l’étincelle qui déclenche en 2011 la conception du projet day by day.

Dix ans plus tard, c’est avec enthousiasme que le co-fondateur de day by day revient sur cette aventure qui a changé sa vie : “ Je suis tombé complètement amoureux du projet ! Ca me prend 100% de mon énergie, de mon temps, de mon esprit… et c’est un projet qui m’a transformé !”, confie-t-il.

Le premier magasin day by day, qui est donc aussi la première épicerie en vrac en France, ouvre ses portes à Meudon, en mai 2013 : “Nous n’avions pas choisi l’endroit le plus simple pour séduire les consommateurs : 28m2 dans une petite galerie commerciale entourée de barres d’immeubles, pas vraiment attirant…C’était presque expérimental, notre petit laboratoire du vrac ! Et pourtant, les clients sont arrivés, et revenus : ça a vite bien fonctionné ”. Le premier magasin franchisé ouvre ensuite à Versailles, puis un second… et huit ans plus tard le réseau compte 77 magasins en France, Belgique et Luxembourg.

David Sutrat

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Un secteur dans lequel tout, ou presque, était à inventer

Si day by day est précurseur du vrac en France, David Sutrat tient à préciser  : «  On n’a pas inventé le vrac : on a inventé le marché du vrac ! On pouvait déjà trouver du vrac dans les grandes surfaces, dans les magasins spécialisés…  mais avec day by day, nous étions les premiers 100% vrac ». Ce qui suppose de créer une filière, et de penser tous les aspects de la chaîne : « L’idée, ce n’est pas de découper des sachets pour les présenter ensuite en vrac ! Ce serait évidemment une aberration : nous avons donc beaucoup travaillé pour créer une chaîne de logistique, des méthodes adaptées, une information solide sur les produits… ».

En effet, toutes les informations qui figurent sur l’emballage (origine, composition, etc.) doivent malgré tout être accessibles aux consommateurs : « à nous d’inventer comment ! », rappelle-t-il. « Il y a  mille défis à relever : conservation, transport, information du consommateur…».

Innovation d’un côté, et tradition de l’autre : David Sutrat et Didier Onraita préfèrent le terme « d’épicerie » à celui de magasin. « D’abord parce que c’est ce que nous proposions : des produits secs, de l’épicerie sucrée et salée… Et puis, c’est un mot un peu désuet, mais chargé d’histoire : l’épicerie, c’est le commerce de proximité, tenu par des hommes et de femmes qui connaissent bien leur métier. Le tablier des épiciers day by day, c’est un clin d’œil à la blouse de l’épicier d’antan, et un hommage à ces artisans ».

David Sutrat

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Le vrac, meilleur pour la planète et le portefeuille

Le coeur de mission de day by day, c’est la lutte contre le gaspillage alimentaire et la réduction des déchets, alors que chaque européen produit chaque année 173 kg de déchets d’emballage*. A ces deux combats environnementaux s’ajoute l’argument économique : « Le vrac, ça fait du bien à la planète… et au portefeuille ! En achetant la quantité de son choix, on dépense moins : si vous n’avez besoin que de 200 grammes de farine, pourquoi acheter un kilo ?” fait observer David Sutrat.

« C’est un critère évidemment essentiel pour les consommateurs ! Qui plus est, le vrac est en moyenne 5 à 30% moins cher que les produits conditionnés, à qualité comparable » : pour le co-fondateur de day by day, faire en sorte que le vrac entre dans les habitudes des consommateurs suppose de le rendre accessible au plus grand nombre,  géographiquement, mais aussi financièrement.  

Reste à accompagner ce grand changement dans la façon de consommer : « Changer ses habitudes, ce n’est jamais évident ! » remarque-t-il.  « Il faut rendre l’expérience du vrac  la plus simple possible. C’est pour ça que même si les épiceries day by day sont des libres-services, le rôle de l’épicier est essentiel : il conseille et assiste les clients, pour qu’à tout moment ça reste simple et sympa de faire ses courses. Ensuite, une fois qu’on est passé au vrac,  on ne revient plus jamais en arrière ! ».

David Sutrat

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Du salé, du sucré, mais aussi du frais et de l’ultra-frais en vrac

 « Nous avons voulu des épiceries qui soient des petits magasins de proximité, en centre ville. En sortant de l’épicerie, on peut ensuite passer ensuite chez le primeur, à la boulangerie, à la boucherie, etc. », explique David Sutrat. « C’est parfaitement adapté à certains endroits, moins à d’autres. Pour cette raison, nous travaillons à élargir l’offre, notamment en produits frais, jusque là quasiment inexistante ».  

C’est ainsi que day by day se lance dans une expérience innovante en partenariat avec Faire Bien  : le yaourt en vrac. David Sutrat se réjouit du bilan des premières étapes : “C’est une vraie satisfaction de proposer aux clients un yaourt « premium », bio, solidaire et équitable. En 2018, nous avons fait un premier pas en proposant le yaourt faire Bien en vrac pendant 3 semaines dans une épicerie day by day parisienne, puis en juillet 2021, nous avons poursuivi le test grandeur nature sur 5 magasins. Là encore, cette innovation est un vrai défi logistique. Le bilan de l’expérience est très prometteur : le yaourt en vrac Faire Bien répond aux attentes des clients, leurs retours sont très bons. C’est une piste vraiment motivante pour aller plus loin et continuer à améliorer la proposition !”.

Yaourt bio en vrac

Parallèlement, toujours dans l’idée d’élargir l’offre et de proposer davantage de références aux consommateurs, deux “grands formats” ouvrent cette année : les “day by day Grand Marché Vrac”, 400 m2 dans lesquels le consommateur pourra faire toutes ses courses en vrac au même endroit. Enfin, D. Sutrat évoque les deux day by day ouverts au coeur de grandes surfaces depuis 2019 : « Nous voulons aussi faire la proposition du vrac aux consommateurs là où il n’existe plus vraiment de centre ville. Se placer au coeur de l’hypermarché, c’est aussi pour nous s’engager de façon plus militante et offensive pour montrer qu’il existe une autre façon possible de consommer ».

La France en tête du vrac

Avec près de 600 magasins spécialisés dans le vrac (dont 40% en bio), la France est aujourd’hui le premier pays du monde dans le secteur. La croissance du marché du vrac s’y est fortement développée : « Le marché représentait 100 millions d’euros en 2013 quand nous avons démarré, en 2020 c’est 1,3 milliards d’euros ! Ce mode de consommation responsable rencontre un vrai succès auprès des français, et c’est formidable. Mais il nous reste encore beaucoup à faire pour faire avancer la cause du vrac et des consommateurs… ».

C’est pour ces raisons que la première association professionnelle du vrac, Réseau Vrac, a vu le jour en France en 2016. Et David Sutrat s’en réjouit : « Il existe maintenant une définition légale du vrac. Reste à structurer cette filière, finalement encore jeune, et à mettre en place un cadre qui manque encore parfois pour ce nouveau modèle de distribution… »

*Source : Eurostat 2017