Vous avez sans doute déjà entendu parler de “résilience” : à l’origine, cela désigne la résistance d’un matériau aux chocs. Beaucoup utilisé en psychologie pour parler de notre capacité à surmonter les événements douloureux, le concept vaut aussi en agriculture : risques climatiques, économiques, sanitaires… certaines exploitations résistent mieux que d’autres.

Pourquoi les élevages laitiers bio sont-ils plus résilients

En élevage laitier, la bio sort très bien son épingle du jeu : voici pourquoi et comment les élevages laitiers bio sont globalement plus résilients que les autres.

Les élevages laitiers bio ne sont pas moins soumis aux perturbations…

Comme toutes les activités agricoles, les élevages laitiers bio peuvent être amenés à faire face à des aléas divers : risques climatiques, économiques, crise sanitaire, concurrence extérieure, aléas de la vie, problèmes techniques…

A y regarder de plus près, comme l’a fait l’ITAB (Institut Technique de l’Agriculture Biologique),  un certain nombre de ces risques peuvent affecter toutes les exploitations, tandis que d’autres sont spécifiques à l’agriculture biologique. Ils identifient également des perturbations externes, auxquelles peuvent s’ajouter des perturbations internes, concernant par exemple la vie de famille de l’exploitant, le départ d’un associé etc.

Source : ITAB

La résilience est justement la capacité d’une exploitation à anticiper, faire face ou s’adapter aux aléas sur le moyen ou long terme, d’une manière rapide, efficace et durable. Augmenter la résilience d’une exploitation est donc gage de pérennité, et certains facteurs propres à l’élevage laitier bio y contribuent.

Comment mesurer la résilience d’une exploitation laitière ?

Pour répondre à cette question,  l’étude « Résilait » portée par l’ITAB et l’IDELE (Institut De l’Elevage) entre 2017 et 2020 est particulièrement éclairante : mettant en évidence des facteurs de résilience des systèmes laitiers biologiques, elle a pour objectif de fournir aux futurs éleveurs en conversion les éléments de réussite, pour les conduire vers les systèmes les plus performants au plan économique et les plus résilients face aux aléas.

Conduites sur le terrain, les enquêtes ont été menées sur 152 exploitations laitières bio, ayant minimum 5 années de recul en AB.

Quatre principaux indicateurs de la résilience ressortent de l’analyse :

  1. Le degré d’autonomie, alimentaire, décisionnelle et financière, est un indicateur significatif de résilience.
  2. La viabilité économique : la réalisation d’investissements « raisonnables » à l’installation ou au cours de la trajectoire d’évolution assure en partie cette viabilité.
  3. La cohérence globale du projet d’exploitation : surfaces adaptées au cheptel, volume de travail vivable…
  4. La durabilité du système : par durabilité, les exploitants entendent souvent transmissibilité.

Les élevages laitiers bio globalement plus résilients

Pour améliorer ces différents indicateurs de résilience, l’étude a identifié un ensemble de facteurs et de leviers favorables :

  • La conversion à l’AB :

=> Le prix du lait payé aux producteurs, plus rémunérateur et stable en bio, améliore la viabilité économique.

Si en plus d’être bio le lait est certifié équitable, comme c’est le cas pour les fermiers partenaires Faire Bien, la rémunération intégrant les coûts de production et l’engagement contractuel à long terme diminuent la vulnérabilité de l’exploitation et augmentent d’autant le facteur de résilience.

  • La bonne gestion des ressources, telle que préconisée par la bio :

=> La place accordée à l’herbe (pâturage et fourrages) dans le système est un facteur essentiel : les systèmes herbagers autonomes et économes semblent plus résilients.

Accorder une place plus importante à l’herbe passe par le fait d’avancer la date de mise à l’herbe, d’augmenter la durée de pâturage exclusif, d’augmenter la surface en prairies accessible au pâturage…

=> L’équilibre sol-troupeau, en accordant le cheptel avec le potentiel des surfaces, et en allant vers des systèmes moins intensifs du point de vue du troupeau.

  • La maîtrise des charges :

=> Les exploitations économiquement résilientes ont plutôt moins de charges de structure,  liée aux charges de mécanisation.

  • La diversification :

=> Que ce soit la diversification du cheptel, des cultures et/ou des ateliers, elle apparaît pour les éleveurs comme un vecteur de résilience.

Plus résilients aussi face à la crise sanitaire

Une équipe de chercheurs de l’unité Agroécologie, Innovations, Territoires (AGIR) travaillant sur la résilience des exploitations agricoles s’est intéressée aux impacts de la pandémie de Covid-19 sur les fermes et filières françaises de lait de vache bio. Leur conclusion, à la fin de la première période de confinement, est qu’elles ont été alors peu impactées par la crise : sur les 86 exploitations ayant répondu à l’enquête, 38 agriculteurs n’ont signalé aucun impact de la crise, et 43 autres des impacts mineurs.

Encore une fois, c’est l’autonomie qui a rendu ces fermes bio plus résilientes : la plupart (70%) des fermes ayant participé à l’étude sont des exploitations familiales (2 travailleurs à temps plein en moyenne), s’appuyant sur des ressources humaines internes et gérant moins de 100 hectares et 100 vaches. Elles n’ont pas, ou peu, été affectés par les problèmes de disponibilité des travailleurs.

La grande majorité de ces fermes étaient également autonomes pour l’alimentation des vaches laitières, qui dépendait principalement des prairies (38% des fermes de l’enquête en ligne ne cultivaient pas du tout de maïs fourrager) : aucun éleveur n’a signalé de pénuries d’approvisionnement en aliments pour le troupeau.

 

Sources :

http://itab.asso.fr/programmes/resilait.php

http://itab.asso.fr/downloads/resilait/2_fiche-bl.pdf

http://itab.asso.fr/downloads/resilait/10_texte_7_reconception_g-martin.pdf

https://www.inrae.fr/actualites/fermes-laitieres-biologiques-resilientes-face-crise-sanitaire

Perrin A, Martin G. Resilience of French organic dairy cattle farms and supply chains to the Covid-19 pandemic 2021 Feb 3; https://doi.org/10.1016/j.agsy.2021.103082