« J’aime la diversité de mon activité au fil des saisons »

Aujourd’hui, un chef d’exploitation agricole sur quatre est une femme : c’est le cas de Lucie, à la tête d’une ferme dans le Calvados. Rencontre avec cette jeune éleveuse bio à la tête sur les épaules et aux journées bien remplies, une nouvelle génération d’agricultrices engagées.

Lucie, éleveuse bio Faire Bien

A la croisée des chemins, le choix de l’élevage

A 29 ans, Lucie exploite depuis trois ans le GAEC de La Mazure à Montchauvet, entre Vire et Saint-Lô, avec son mari Colin. En plein cœur du bocage normand, leur ferme bio élève 85 vaches laitières et 60 brebis allaitantes sur 170 hectares, dont 135 en herbe.

Lucie n’est pas issue du milieu agricole : rien ne la prédestinait à devenir éleveuse. Fille d’infirmiers, elle a grandi près de Caen, où elle a poursuivi ses études : BTS Gestion et maîtrise de l’eau, puis Master Expertise et traitement de l’environnement à Lille. Si son intérêt pour la nature et l’environnement est déjà manifeste, c’est la rencontre avec Colin qui l’entraîne vers d’autres chemins : lui est fils d’agriculteurs, installés en Seine Maritime. En 2013, il choisit de s’installer hors cadre familial, en reprenant une ferme dans le Calvados.

Alors en recherche d’emploi, Lucie rend fréquemment visite à Colin sur sa ferme. “Ça s’est fait progressivement”, explique-t-elle. “Au début je venais juste le voir, puis j’ai commencé à donner un coup de main ici et là… et j’ai fini par décider de le rejoindre, pour m’installer avec lui à La Mazure et devenir agricultrice à temps complet”.

Tout en suivant des formations, la jeune femme commence par être salariée dans un premier temps, puis devient officiellement coexploitante du GAEC, tranchant avec les modèles « à l’ancienne » dans lequel les femmes d’agriculteurs restaient le plus souvent sans statut.

Un troupeau en route vers le bio

A la reprise de l’exploitation, Colin trouve sur le terrain maïs et cultures en conventionnel. Avec un projet d’élevage bio en tête, il commence donc par la remise en herbe. Conviction écologique et argument économique justifient son choix d’un modèle meilleur plus l’environnement, et plus rentable et pérenne pour l’exploitation. “Nous avons entamé la conversion au bio en 2016, dès que nous nous sommes sentis prêt, en particulier pour la maîtrise de l’herbe”, ajoute Lucie. Deux ans plus tard, la certification AB est obtenue. Le jeune couple d’agriculteurs devient partenaire de Les 2 Vaches, puis de Faire Bien dès 2018 pour la collecte du lait de vache bio.

C’est Lucie qui a l’idée de développer leur activité en ajoutant au cheptel 60 brebis mères : “J’avais envie de diversifier la production, d’avoir une autre source de revenus et d’aller vers la vente directe”. Parallèlement, le couple de jeunes agriculteurs ouvre les portes de leur ferme pour sensibiliser le public au bio et à la valorisation de la nature. En 2017, ils accueillent le grand public un après-midi pour faire découvrir leur activité d’éleveurs bio en conversion, ou encore des élèves du lycée agricole pour planter 500 mètres de haies bocagère sur l’exploitation.

Des vaches, des brebis, mais aussi des oiseaux et des insectes

La valorisation des milieux naturels fait partie prenante des préoccupations de Lucie. D’ailleurs, avec l’appui de la commune et du conseil départemental, ce sont 3 km de haies qui ont été plantés sur leurs terrains : « Une grande satisfaction pour nous, à double titre », déclare-t-elle. « De nombreux habitants des alentours nous remercient d’œuvrer pour leur paysage, et ces arbres jouent un rôle d’abri pour nos vaches, mais aussi pour les oiseaux du bocage. »

Lucie éleveuse bio Faire Bien

Une biodiversité locale préservée, comme ont pu le constater les amoureux de la nature conviés pour un grand week-end sur leur ferme par l’association paysanne Curieux de Nature et le Centre d’Initiatives pour Valoriser l’Agriculture et le Milieu rural du bocage virois (CIVAM) en 2018 : à la visite de la ferme s’est ajoutée une observation diurne et nocturne des insectes de la mare avec le Conservatoire des espaces naturels, ainsi qu’une découverte des oiseaux du bocage menée par le Groupe ornithologique normand.

Complémentarité et polyvalence, deux atouts indispensables

Sur leur exploitation, pas de répartition des tâches préétablie. Colin et Lucie possèdent tous deux les compétences pour assurer l’ensemble des tâches : “On travaille tous les deux sur le cheptel. Notre objectif, c’est de pouvoir se remplacer l’un l’autre, si besoin. Au fil de l’année, on échange les rôles…” Une complémentarité bien rôdée, qui leur permet de gagner en autonomie et en souplesse dans l’organisation.

Car il faut s’organiser quand on est, comme Lucie, également une jeune maman. Faute de remplaçant disponible pendant son congé maternité, elle a dû recruter quelqu’un elle-même pour pouvoir s’arrêter. A sa reprise, elle a apprécié la proximité entre son lieu de travail et sa maison : le fait de vivre sur l’exploitation lui a permis de concilier du temps passé avec son bébé et ses obligations professionnelles. « Je faisais des aller-retours, en aménageant mes horaires », précise-t-elle. « Du coup, vie professionnelle et personnelle sont totalement mêlées, avec les avantages et les inconvénients ».

Comme pour beaucoup de mères qui travaillent, la charge est importante : “On ne peut pas vraiment souffler, c’est une activité qui demande beaucoup de disponibilité “mentale”. Il faut anticiper et organiser. Plus mon fils, la maison, et le reste de la vie… C’est parfois beaucoup à gérer au quotidien ».

A chaque saison ses activités

De son métier, Lucie apprécie plus que tout le contact avec les animaux, mais aussi la diversité qu’apporte la saisonnalité. Alors que la traite rythme les journées au quotidien, chaque saison renouvelle les activités : l’hiver est davantage consacré au travail des haies et au bois, le printemps au vêlage et à l’agnelage… « C’est une profession rythmée par le cycle naturel des saisons. C’est l’un des aspects qui me plaît le plus, avec le fait de m’occuper d’animaux évidemment ! »

Lucie éleveuse bio Faire Bien

Pour Lucie et Colin, l’heure n’est pas encore aux vacances : entre l’exploitation, l’arrivée de leur fils et la rénovation en cours de leur maison, le moment n’a pas été propice pour s’éloigner. Pour répartir la charge de travail, ils ont embauché un salarié (3,5 UTH actuellement). Et Lucie compte bien utiliser d’ici la fin de l’année 2019 le crédit de remplacement 7 jours Faire Bien : « L’année dernière a été une année de transition, avec beaucoup de changements, dont l’arrivée de bébé ! Nous n’avons pas eu la tête à penser aux vacances… il fallait d’abord bien stabiliser tout ça. Maintenant que c’est fait, nous profiterons de ce service dès que possible. »

Sources :

https://caen.maville.com/actu/actudet_-vire-les-lyceens-creent-leur-paysage_dep-3135714_actu.Htm
https://www.reussir.fr/de-la-femme-dagriculteur-au-statut-dagricultrice-un-long-parcours-de-femmes
https://agriculture.gouv.fr/alimentation/les-femmes-actrices-incontournables-du-monde-agricole