La crise sanitaire que nous traversons actuellement a transformé nos habitudes alimentaires. Pendant le confinement du printemps dernier, les Français se sont tournés vers une production plus responsable, locale et respectueuse de l’environnement. Dans ce contexte, la consommation de produits issus de l’agriculture biologique a connu une forte progression. Pour répondre à la demande des consommateurs comme au renouvellement des générations en agriculture, les producteurs bio français vont devoir recruter et innover : une opportunité pour structurer et développer une filière créatrice d’emplois.

Le souhait de changer de modèle

Les études réalisées au sortir du premier confinement permettent d’observer que la crise a eu un impact important sur les grandes tendances de consommation. A partir de la synthèse faite par FranceAgriMer, qui a rassemblé les différentes données et analyses sur l’impact de la crise de la COVID sur la consommation alimentaire, voici les grandes tendances qui se dessinent :

Une tendance à la consommation « vertueuse » 

  • 60% des sondés déclarent que le confinement les a incités à changer leur manière de consommer,
  • 69% des sondés considèrent que la crise économique et sanitaire actuelle est l’illustration qu’il faut changer nos modes de consommation, pour des produits plus responsables (locaux, bio, équitables, sans emballage etc.).
  • 92% des répondants déclarent privilégier les produits d’origine France et 87% disent essayer d’acheter des produits locaux aussi souvent que possible.
  • 82% des Français déclarent vouloir continuer à acheter plus de produits locaux après la crise

Une conscience accrue de l’impact de notre consommation sur notre environnement naturel, économique et social :

  • 54% des sondés considèrent qu’un produit alimentaire de qualité c’est un produit issu d’une production respectueuse de l’environnement et assurant une juste rémunération aux producteurs et salariés (seuls 43% étaient de cet avis au début de l’hiver).
  • 89% des sondés considèrent qu’acheter français est une expression de solidarité avec les producteurs français mis en difficulté pendant la crise

Une préoccupation écologique croissante :

  • Pour 40% des Français interrogés, la crise du COVID rend la lutte contre le changement climatique plus urgente. Au début de l’épidémie, en mars, ils n’étaient que 21% à le dire.
  • 85% des sondés pensent que limiter la circulation des produits en privilégiant la proximité aurait un impact bénéfique sur l’environnement.

La bio, créatrice d'emplois

Au regard de ces résultats, l’épidémie a mis en lumière le désir d’un changement profond du modèle agro-alimentaire, partagé par un grand nombre de Français : « cette crise sanitaire peut être transformée en crise salutaire », selon la formule de Nicolas Hulot, ancien ministre de la Transition écologique. « Nous arrivons au bout d’un système et nous venons d’être confrontés très brutalement à notre vulnérabilité, à notre interdépendance, à notre excès », ajoute-t-il. « Il va falloir relocaliser des chaînes de valeur entières et on ne va pas commercer à l’identique. On va arrêter d’avoir des produits qui arrivent en 24 heures du bout du monde avec les impacts écologiques et climatiques que l’on connaît ».

Dans le même temps, une forte progression de la consommation de produits bio

La phase de confinement (17 mars – 11 mai 2020), inédit à l’échelle nationale, a bouleversé les pratiques d’approvisionnement et de consommation alimentaires des Français. Dans ce contexte épidémique, on s’est recentré sur des besoins vitaux : manger, dormir, prendre soin de soi. Et assez logiquement, en se tournant vers des produits plus simples et plus sains, tels que les produits bio : lissées sur le premier mois de confinement, les ventes de bio en supermarchés et hypermarchés ont crû de 30 % environ.

Une étude réalisée par l’Agence BIO montre que :

  • Près de 7 Français sur 10 ont acheté des produits bio pendant le confinement
  • 8 % d’entre eux sont de nouveaux acheteurs (avec une progression marquée au sein des catégories socio-professionnelles les plus modestes).
  • 54 % d’entre eux affirment qu’ils ont acheté des produits bios pour soutenir les producteurs français bio.

La bio, créatrice d'emplois

A plus long terme, la quasi-totalité des acheteurs (plus de 9 sur 10) envisage de continuer à favoriser les produits bio après le confinement. Parmi les raisons citées :

  • les produits bio sont meilleurs pour la santé pour 59 % d’entre eux
  • ils sont de meilleure qualité (57 %)
  • ils respectent mieux l’environnement (56 %)
  • ils soutiennent l’économie locale (50%)

L’aspect « santé » est une motivation importante de la consommation bio. Mais ce choix répond aussi à des préoccupations plus globales : comment et dans quelles conditions ce que je consomme a été produit ? Quel est l’impact de ma consommation, sur l’environnement, sur l’économie locale ? Des aspects que l’on pourrait qualifier de « politiques », par opposition aux aspects plus « économiques » (comme le rapport qualité-prix) qui dominaient jusqu’alors.

Pour se développer, la bio a besoin de bras

Alors que le crise sanitaire se prolonge, Guillaume Riou, Président de la Fédération du bio et polyculteur-éleveur dans les Deux-Sèvres, est convaincu que les changements observés au printemps seront durables : « Avec le confinement, cette période d’introspection forcée, les consommateurs ont repris plaisir à cuisiner de bons produits, avec leurs enfants. La preuve : la demande en farine bio a explosé de 600 % ! Ça va laisser des traces. » 

La bio, créatrice d'emplois

Pour répondre à la demande des consommateurs et maintenir cette dynamique, il enjoint les pouvoirs publics de soutenir le développement de la filière bio française. Un défi qui, selon le Président de la Fédération du bio, est susceptible de générer des opportunités de création d’emplois : « Aujourd’hui, beaucoup de jeunes s’installent en bio : le bio recrute ! Nous avons besoin de salariés ». Sans oublier les départs massifs à la retraite attendus dans les prochaines années : « Mais il va aussi falloir renouveler le monde paysan : 50 % de départs dans les dix ans… 10 millions d’hectares vont être libérés ! Cela peut représenter 100 000 fermes de 100 hectares… Ça en fait du monde et des emplois. C’est un bel enjeu d’aménagement du territoire, de socio-économie du monde rural… ».

Qui plus est, moins mécanisée et sans intrants chimiques, la production bio demande plus de main d’œuvre : les fermes bio emploient en moyenne 2,41 unités de travail annuel au lieu de 1,52 dans les exploitations conventionnelles (recensement agricole de 2010). Soutenir le développement de la bio française est donc à la fois une façon de répondre aux aspirations des consommateurs, et une opportunité de création d’emplois. « Le bio rassemble toutes ces promesses de changements de société », ajoute Guillaume Riou. « Et c’est une bien belle responsabilité… »

 

Sources :

Agence Bio, COMMUNIQUÉ DE PRESSE, 9 Juin 2020

Agence Bio, Dossier Chiffres clés 2019

ETUDE de FranceAgriMer, ÉDITION septembre 2020  : « L’impact de la crise de la COVID sur la consommation alimentaire en France : parenthèse, accélérateur ou élément de rupture de tendances »

https://www.francetvinfo.fr/sante/maladie/coronavirus/coronavirus-pour-nicolas-hulot-cette-crise-sanitaire-peut-etre-transformee-en-crise-salutaire_3950975.html

https://agriculture.gouv.fr/agriculture-biologique-francaise-une-croissance-soutenue-et-un-secteur-porteur-pour-lemploi

https://www.lesechos.fr/industrie-services/conso-distribution/le-bio-a-passe-lepreuve-du-confinement-1199778