Rencontre avec Gwendoline, maraîchère à La Ferme de la Closerie

Changer de vie parce que ce que l’on fait au quotidien ne nous plaît plus, c’est le grand saut qu’ont fait Gwendoline et son compagnon Mahdi à l’orée de la quarantaine. Aujourd’hui, ils sont à la tête d’une jolie ferme bio dans le Calvados, où ils cultivent fruits et légumes, produisent des œufs, et des pommes pour le cidre. S’il faut beaucoup d’énergie et de conviction au quotidien, le couple ne regrette pas son choix : « On ne compte pas nos heures, mais la contrepartie en vaut vraiment la peine ! ».

©ferme de la Closerie

Un projet qui a pris le temps de mûrir

Gwendoline et Mahdi ont été dans une première vie cadre dans le marketing et ingénieur mécanique. Un tableau parfait, qui pourtant leur apporte de moins en moins de satisfactions : « Ce qu’on faisait au quotidien ne nous plaisait plus », explique Gwendoline. Elle a alors 36 ans, lui 39 : sans projet particulier, ils décident de quitter leurs emplois respectifs. L’année qui suit se passe à multiplier les expériences : voyages, rencontres, stage en permaculture… Au fil des mois et de la réflexion, le projet de s’installer en maraîchage bio se dessine.

C’est ce qu’ils font en 2017, s’éloignant du Havre dont ils sont originaires. Sur place,  l’offre de foncier agricole qui leur conviendrait est réduite : ce sont surtout de grosses entités de polycuture-élevage, peu adaptées à leur projet. Ils dirigent alors leurs recherches vers la Basse Normandie, et ont un vrai coup de coeur pour la région. La recherche prend du temps, ils font beaucoup de visites, et mettent à profit cette période pour se former : bac professionnel production horticole pour Madhi et BRPEA, brevet professionnel responsable d’entreprise agricole, pour Gwendoline.

©ferme de la Closerie

Il leur faudra presque un an avant de trouver leur perle : une ancienne ferme, encore exploitée il y a une quinzaine d’années, vendue avec 10 hectares de vallée escarpée à Cormolain, dans le Calvados. « Pour nous qui voulions faire du maraîchage en petite surface, c’étaitencore presque trop grand ! », ajoute Gwendoline, « mais nous sommes tombés sous le charme, et l’endroit répondait à nos autres critères ».

De cette période d’installation, Gwendoline conserve le sentiment d’avoir été peu accompagnée et soutenue : « Le modèle que nous avons choisi, une agriculture paysanne à échelle humaine, en bio, est encore finalement peu reconnu ».La partie administrative est lourde pour s’installer en agriculture et demande aux porteurs de projet de consacrer beaucoup de temps et d’énergie à constituer des dossiers : « On avait en vie d’en découdre tout de suite, on était impatients de se lancer, mais on a réalisé qu’on quittait un système… pour un autre système ! ».

Des pommes, des poules, des légumes et quatre bras

La Ferme de la Closerie démarre sa production en janvier 2019. Tout est à faire, puisque la ferme n’était plus exploitée depuis une quinzaine d’années : monter la serre, restaurer les bâtiments, installer l’abri pour les poules… Si la famille et les amis n’hésitent pas à donner un coup de main pour les travaux, Gwendoline et Mahdi travaillent aujourd’hui seuls sur l’exploitation. C’est avec fierté qu’ils décrivent leurs trois ateliers de production certifiée bio :

  •  l’atelier maraîchage de légumes, cultivés sur une surface d’environ 2000 m2 en plein champ et 600 m2 sous abri sur « sol vivant », sans aucun travail du sol,
  • un atelier de 40 poules pondeuses, bénéficiant d’un grand parc de 2500 m2
  • un verger cidricole de 2 hectares, dont les fruits seront transformés sur place en cidre et jus, dès l’automne 2020.

Pour ce dernier atelier, Gwendoline et Mahdi, qui n’avaient pas de savoir-faire en pommes à cidre, ont commencé par organiser un chantier participatif. Les 450 arbres du verger n’avaient pas été entretenus depuis 15 ans : autant dire qu’il y avait beaucoup à faire ! Sous la conduite avisée d’un jardinier de la corporation Saint Fiacre de Bayeux Chantier, les participants se sont initiés à la taille des pommiers et sont parvenus à tailler un tiers des arbres du terrain pour relancer la production de fruits.

©ferme de la Closerie

L’expérience du chantier participatif va de pair avec la volonté du couple d’ouvrir les portes de leur exploitation. Ainsi, ils accueillent régulièrement les enfants du centre aéré qui viennent apprendre à faire du jus de pomme, des woofers, ou encore des marchés paysans… Le prochain, organisé avec la Confédération Paysanne, se tiendra d’ailleurs à la Ferme de la Closerie le 5 août 2020, avec au programme la visite de la ferme, des ventes de producteurs et artisans locaux, des animations, pour finir par un concert dans la soirée.

La demande pour des produits locaux et de qualité est croissante

Tandis que Gwendoline se consacre au maraîchage et à la commercialisation, Mahdi s’occupe des poules, du verger cidricole, de l’administratif et de la logistique. Ils vendent leurs produits en direct, en grande partie sur place à la Ferme de la Closerie. Ils approvisionnent également un établissement scolaire local, et proposent à la vente des paniers de légumes de saison, en dépôt à Caumont-sur-Aure.

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Avant que les mesures de confinement ne soient mises en place, ils vendaient également sur le marché de Villers-Bocage. Mais la fermeture du marché ne les a pas empêchés d’écouler leur production : ils constatent au contraire que la vente directe connaît un succès grandissant. Plein de nouveaux clients, dont des locaux et des gens du village, viennent s’approvisionner à la ferme pendant cette période. « Les gens avaient envie de consommer local, de manger des bonnes choses, et ils disposaient de davantage de temps pour cuisiner », observe Gwendoline. « Finalement, nous les maraîchers en vente directe, avons presque eu du mal à répondre à la demande ! ».

Un choix de vie qu’ils ne regrettent pas

Dix-huit mois après leur installation, Gwendoline et Mahdi continuent à se réjouir au quotidien de leur cadre de vie exceptionnel. Ils apprécient aussi leur insertion réussie dans la vie locale : « Au début, il y avait une petite inquiétude : deux citadins, qui ne connaissent personne sur place… Mais ça n’a pas duré ! Ici l’état d’esprit est très différent de la ville : les gens sont solidaires, des liens se créent, on n’hésite pas à se donner un coup de main entre voisins ».Si le fait de ne pas être loin de la ville (25 minutes de Bayeux et 20 de Saint Lô) les a rassurés dans les premiers temps, ils s’en passent aujourd’hui très bien :« En fait, on ressent très peu le besoin d’y aller. Nous avons découvert toute une vie sur place! », reconnaît la jeune femme. « D’ailleurs c’est tout notre mode de vie qui a changé : maintenant que nous sommes autosuffisants en alimentation, je ne vais quasiment plus jamais au supermarché, et je m’en réjouis ! ».

Ce travail concret, manuel, et « l’idée de nourrir les gens »alimentent leur motivation. Reste à apprendre à mieux organiser leur travail : « Il faut qu’on arrive à optimiser pour ne pas avoir la tête sous l’eau… et aussi à mesurer l’investissement physique, car la fatigue gagne insidieusement », reconnaît Gwendoline.« On a envie de faire plein de choses, mais il faut qu’on s’oblige à se limiter à un ou deux chantiers par an, pour tenir le coup sur la longueur ! ».

Une charge de travail qui peine à être rétribuée et reconnue à sa juste valeur : « Les gens trouvent parfois que les produits sont chers, mais il faut rappeler qu’il y a des hommes et du boulot derrière les légumes ! D’autant plus quand on est dans la qualité : le bio, c’est peu mécanisé, ça demande plus de temps… On ne fait pas ce métier pour s’enrichir, mais il faut qu’on arrive à en vivre », souligne-t-elle.

©ferme de la Closerie

C’est parce qu’ils sont autosuffisants qu’ils parviennent à s’en sortir : « On est encore loin du SMIC, mais on n’en souffre pas : ici on a tout ce qu’il nous faut, on n’a pas besoin de vraiment plus. Bien sûr, on veut malgré tout se développer, arriver à se rétribuer correctement, tout en conservant cette qualité de vie ».

« Notre choix génère des questions, ca fait réfléchir les gens autour de nous. Certains ont changé leur façon de consommer, de voir l’agriculture »,ajoute Gwendoline. « Je suis heureuse de montrer qu’on peut vivre autrement, et que c’est même mieux ! ». Elle encourage ceux qui hésitent à franchir le pas à passer à l’acte :« Le changement c’est salutaire, il faut se lancer ! Attention, il ne s’agit pas d’y aller la fleur au fusil : ce n’est pas facile et il y a beaucoup de travail. Mais la contrepartie en vaut la peine ! ».

D’ailleurs, Gwendoline et Mahdi ont toujours beaucoup d’énergie et d’envies pour l’avenir de la Ferme de la Closerie : « Nous  voulons développer le volet accueil, et mieux valoriser nos productions, par exemple avec de la transformation, peut-être de la restauration sur place… ». Malgré leurs résolutions de ménager un peu leurs forces, ils ne sont pas à court de projets pour la suite!