Du journalisme au maraîchage bio, un parcours plein de (bon) sens

Tout quitter pour redonner du sens à sa vie ? C’est ce qu’ont choisi de faire Elsa et Thibault en s’installant en Normandie pour devenir maraîchers bio. A la ferme des Gobettes, ce couple d’ex-journalistes devenus néo-paysans produit fruits et légumes bio en permaculture depuis trois ans. Avec succès, et sans regrets !

La ferme des gobettes
©Ferme des Gobettes

Lâcher la camera pour empoigner la binette

Rien ne prédisposait Elsa et Thibault à devenir un jour exploitants agricoles. Après une enfance plutôt citadine, c’est à Paris que l’un et l’autre entament une carrière de journaliste. Pendant dix ans, ils parcourent la France et le monde, caméra au poing. Reporter de guerre, Thibault part en Syrie, en Irak, et en Afghanistan.

Au fil de ces expériences intenses, le questionnement grandit. Jusqu’au jour où l’un comme l’autre n’y trouvent plus leur compte : “ Je suis devenue journaliste parce que, un peu naïvement, j’espérais faire bouger les lignes. Et un jour, on réalise que nos reportages n’ont pas l’impact attendu. On s’est dit que si l’on voulait changer les choses, il fallait commencer à notre petite échelle. Et quoi de plus urgent que de mieux nourrir les Hommes ? Alors nous voilà avec nos petits bras et notre immense détermination pour créer un nouvel idéal, fait de bons fruits et légumes produits dans un environnement riche et sain ! ”, explique Elsa (1).

Bien sûr, le projet n’est pas né en un jour : c’est après avoir beaucoup réfléchi à la place qu’ils voulaient avoir dans la société, à ce qu’ils pouvaient apporter et à la façon dont ils voulaient vivre que l’idée d’une micro-ferme est arrivée. Une fois la décision prise, tout s’accélère : ils trouvent rapidement un terrain de 5 hectares, avec une habitation, à Saint-Sylvestre-de-Cormeilles, dans l’Eure. Alors qu’il  était destiné à devenir un lotissement de 21 maisons, Elsa et Thibault le rachètent en 2016. Comme il y a sur le terrain plusieurs mares peuplées de grenouilles, ou “gobette” en patois normand, ils baptisent le site la Ferme des Gobettes. Les voilà prêts à se lancer dans l’aventure !

©Ferme des Gobettes
©Ferme des Gobettes

Les premiers mois ne sont pas faciles : tout est à faire, aussi bien côté habitation qu’exploitation… Ils commencent par réhabiliter la maison, en multipliant les allers-retours entre Paris, où ils travaillent encore, et la Normandie. “Le premier hiver sans eau chaude ni chauffage a été très rude !”, ajoute Thibault. “Heureusement, la maison est devenue habitable avant l’été, car maintenant nous y vivons à trois, avec notre bébé !”.

Parallèlement, cette première année est essentiellement consacrée à la formation : dévorer des dizaines de livres spécialisés, passer des diplômes, visiter des exploitations et rencontrer les maraîchers locaux qui partagent leurs bons conseils et leur expérience. En juin 2017, alors qu’ils s’installent définitivement à la ferme des Gobettes, Thibault  obtient un Brevet Professionnel de Responsable d’Exploitation Agricole (BPREA) en maraîchage biologique, tandis qu’Elsa passe un bac pro horticole par correspondance et effectue des stages chez des arboriculteurs de la région. 

L’agroforesterie au coeur du projet

Sur les 5.5 hectares de la ferme des Gobettes, dont deux grandes parcelles de 2 hectares et 1 hectare et demi, Elsa et Thibault commencent par cultiver 5000 mètres carrés. L’idée est de transformer une des pâtures, sans labourer, avant d’y installer des serres. Pour limiter les investissements, ils se tournent vers le matériel d’occasion, voire la récupération. Peu mécanisés, ils travaillent sur des planches permanentes et limitent au maximum le travail du sol pour tendre vers le maraîchage sur sol vivant.

©Ferme des Gobettes
©Ferme des Gobettes

Leurs fonds étant malgré tout limités, ils lancent une opération de financement participatif sur la plateforme Bluebees pour construire un petit bâtiment absolument nécessaire au rangement de leurs outils et à la conservation des futures récoltes.

Ils commencent également à planter des arbres. En effet, si la priorité est pour eux de d’abord bien maîtriser le maraîchage bio, l’agroforesterie qui tire parti de la complémentarité des arbres et des cultures pour mieux valoriser les ressources du milieu,  est au cœur de leur projet.

Fruits et légumes 100% bio : la diversité avant la quantité

Les premiers fruits et légumes arrivent à l’été 2018 : fraises, tomates anciennes, courgettes, salades, puis au fil des saisons presque une centaine d’autres légumes, dont de nombreuses variétés anciennes.

Plus que la quantité, c’est la qualité et la diversité que visent Elsa et Thibault : “ On peut dire que nous sommes des “purs et durs” : nous n’utilisons aucun produit, pas même ceux autorisés par le cahier des charges bio !”, précise Thibault. “Si produire plus c’est cultiver dans des serres chauffées, c’est tirer le label bio vers le bas.

©Ferme des Gobettes
©Ferme des Gobettes

La production de la ferme des Gobettes est vendue localement : en plus de la vente directe sur place une après-midi par semaine,  la ferme livre 30 paniers AMAP depuis septembre 2018, ainsi que le magasin spécialisé Biocoop et deux restaurants locaux.

Si Thibault et Elsa ont choisi de s’agrandir à leur rythme, doucement mais sûrement, en même temps que leurs compétences, ils ont un grand projet pour l’automne 2019 : développer un verger sur plus de 2 hectares. Pommes, poires, cerises, nèfles, coings, prunes… là encore, l’objectif ne sera pas de produire de très grandes quantités, mais d’avoir beaucoup de fruits divers.

Avec seulement deux paires de bras travaillant sur l’exploitation et beaucoup de ténacité, le couple de maraîchers ne regrette pas son choix de vie. Thibault le confirme : “Nous avons fait des reportages un peu partout dans le monde, dans des zones de guerre parfois, des endroits risqués et pourtant la vraie aventure a commencé avec la ferme. Nous avons décidé de prendre les choses en main, de vivre pour ne pas avoir de regrets, de redonner du sens à notre quotidien” (2). Leur message, pour tous ceux que leur aventure pourrait inspirer, est simple : “Allez-y, lancez-vous !”

Sources :

https://bluebees.fr/fr/project/402-Ferme-des-gobettes
http://neo-agri.org/fr/deux-journalistes-quittent-paris-creer-micro-ferme-normandie/