Redonner vie aux paysages de sa belle région alsacienne, les entretenir grâce aux animaux, vendre sa production en circuit court : en créant la ferme Rappenkopf, Murielle a changé de vie pour réaliser un projet qui lui tenait à cœur. Une passion de l’agriculture et des paysages qu’elle a transmise à sa fille, qui s’apprête à son tour à s’installer dans la région avec un projet d’agroforesterie [lien vers ITW SOA] : rencontre avec deux générations d’agricultrices enthousiastes, portées par l’amour de l’environnement.

Ferme Rappenkopf

Retour aux premières amours        

Si Murielle a changé de vie il y a quelques années pour revenir à sa passion première, l’agriculture, elle n’a pas complètement fait un saut dans l’inconnu : après vingt ans en exercice à l’Office National des Forêts, les arbres, les paysages et l’environnement sont son domaine d’expertise.

Vosgienne d’origine, son mari et elle-même s’installent en Alsace en 1996. Le couple est employé à l’ONF, et Murielle occupe le poste de « chef technique Vosges », en charge de la surveillance et de la gestion d’une partie de forêt,autour du lac de Pierre Percée. « Nous travaillions en brigade équestre, une belle expérience ! », se rappelle Murielle. Toujours à l’ONF, elle fait ensuite partie d’un  bureau d’étude en charge d’un plan de gestion  d’espace protégé. Protection de la faune, de la flore, et un peu de production forestière sont alors ses domaines d’action.

Pour autant, elle garde en tête sa première passion, l’agriculture. Titulaire d’un DUT de Biologie Appliquée, option Agronomie, son premier stage l’a conduite sur une exploitation agricole. Une expérience qui lui a beaucoup plu et qu’elle aurait voulu poursuivre… « Ce n’était pas simple de m’installer, d’autant que je ne suis pas issue du milieu agricole », regrette-elle. « J’ai donc choisi de passer le concours de l’ONF. Au bout du compte, toute l’expérience de la forêt acquise à l’ONF m’a été très utile pour mon  projet d’installation que j’ai fini par réaliser à 40 ans passés ! ».

Ferme Rappenkopf

« Réouvrir » le paysage grâce à l’agriculture

Il y a 5 ans, en apprenant du Responsable local des Forêts qu’un terrain de 12 hectares allait être mis en location par la commune de Soultzeren, elle décide de saisir l’opportunité. Elle sait qu’un paysage qui n’est pas entretenu se « referme » : parcelles en friche, forêt  qui progresse, c’est à terme un espace impénétrable et peu valorisé. Ce terrain de montagne, niché  au cœur du massif vosgien n’est pas simple, ni à entretenir ni à exploiter, mais elle a la conviction et les compétences pour relever le défi. 

Avec l’aide de sa famille et de son mari, elle commence par débroussailler  9 hectares pour contribuer à la réouverture du paysage de ce fond de vallée. C’est le début de La Ferme Rappenkopf. Pour ce qui est de l’entretien du terrain, Murielle a ensuite l’idée de démarrer un élevage de chevaux Lusitaniens : en pâturant, ce sont tout simplement les 5 chevaux qui s’en chargent. « Personne ne fait ça mieux que les animaux ! », observe Murielle. « C’est simple, naturel, et on ne peut plus respectueux de la nature et de l’environnement »…

Ferme Rappenkopf

Parallèlement, la nouvelle agricultrice se forme aussi pour devenir apicultrice : aujourd’hui, 11 ruches sont installées et produisent du miel distribué localement. « Je continue à apprendre tous les jours ! Les abeilles sont des insectes fragiles, et le fonctionnement d’une ruche plus complexe qu’il n’y paraît. Il m’a fallu être persévérante ! », ajoute-t-elle. Avec ce miel, Murielle fabrique aussi du pain d’épice artisanal. Grâce au bouche à oreille qui fonctionne bien, les commandes suivent : « Toute notre production est vendue  en circuit court, dans la région : c’est aussi ma façon concrète de montrer qu’on peut à la fois produire et préserver l’environnement ! ».  

Au fil des ans, la production de la ferme s’est diversifiée avec la vente de foin et la fabrication d’objets et de mobilier de jardin en bois, provenant d’arbres coupés dans la vallée : rondelles à découper, tables, rondins pour s’asseoir en version adulte et enfant… « C’est essentiel de diversifier les activités pour assurer un seuil de rentabilité à l’exploitation », explique Murielle.

Ferme Rappenkopf

© Amandine Kempf

L’agroforesterie, de mère en fille

Comme toutes les belles histoires, celle de Murielle ne s’arrête pas là : en 2021, c’est au tour de sa fille Amandine de s’installer dans la région. Tout juste diplômée d’un BTS agricole, la jeune femme de 21 ans se forme sur le terrain, à la ferme familiale. A nouveau, une belle opportunité se présente : 30 hectares à entretenir, plantés en peupliers de culture, situés en plaine d’Alsace sur la commune de Weyersheim. En effet, l’entretien du sol des cultures est important pour assurer une bonne production de bois.

Pour l’actuelle propriétaire, qui produit également des céréales autour de la forêt en agriculture bio, l’entretien de ces parcelles doit se faire dans le plus grand respect de l’environnement : le projet agroforestier d’Amandine répond parfaitement à ses attentes.

Dans le même esprit de préservation de la nature que la propriétaire, Amandine propose de concilier l’élevage de vaches de race Highland Cattle avec l’entretien des peupliers, en faisant pâturer les parcelles âgées de plus de 10 ans. L’introduction de l’élevage d’Highland dans les cultures de peupliers permet de respecter les sols et de maintenir ou réintroduire leur fertilité, tout en apportant du confort aux animaux. En se rapprochant du cycle naturel, cette pratique de l’agroforesterie  limite au maximum l’intervention humaine et mécanique. 

Dans les parcelles les plus jeunes, la jeune agricultrice fera du fourrage  pour assurer une autonomie en foin de l’exploitationet vendre le surplus, « denrée de plus en plus demandée avec les sécheresses à répétition » selon Murielle. Pour faire l’acquisition du troupeau, Amandine a lancé une collecte sur la plateforme participative Blue Bees. Dès l’automne, elle compte commencer la recherche des vaches Highland dans différents élevages et mettre aussitôt son projet en œuvre.

Si le projet peut sembler original, il n’en est pas moins déjà expérimenté et validé depuis plusieurs années : depuis 15 ans déjà, le Parc naturel des Vosges du nord entretient 120 hectares en fond de vallée avec des vaches Highlands, et la ville de Strasbourg a suivi en 2020, en faisant l’acquisition d’un troupeau de cinq vaches Highlands pour entretenir les terres de la réserve naturelle du Rohrschollen !

Ferme Rappenkopf

Des vaches, des pâturages et du fromage

Murielle et Amandine, encouragées par l’activité agricole dynamique dans leur région, sont plutôt optimistes pour l’avenir. « Je vois pas mal de jeunes qui reprennent les exploitations familiales autour de la commune de Soultzeren. Ici l’activité principale ce sont les vaches laitières, on est en pleine région du Munster, donc c’est vraiment ancré dans la culture du pays ! », explique Murielle. « Il y a 2 producteurs laitiers en bio, les autres en conventionnel, mais ce sont des petites exploitations de 50 vaches, qui sont toujours dehors à pâturer… ».

Si les vaches font depuis toujours partie du paysage local pour la production de lait et de fromage,  la pratique de l’éco-pâturage répond à des enjeux très actuels : réintroduire les animaux pour le débroussaillage et l’entretien des paysage semble une alternative viable aux solutions mécanique, plus coûteuses et plus polluantes.  Murielle est convaincue que ce mode de gestion des paysages est voué à se développer. A plus long terme, mère et fille envisagent des prestations d’ouverture et d’entretien des paysages dans d’autres propriétés : « Nos animaux sont d’ailleurs complémentaires : les chevaux passent pour la phase de nettoyage, puis les vaches entretiennent en pâturant. Une solution idéale pour l’entretien des paysages ! ».