Une parcelle de 1,4 hectare en Touraine, beaucoup d’énergie et de conviction, quelques paires de bras et quatre ans pour prouver qu’une petite ferme agroécologique peut être rentable : voilà le cahier des charges et le défi ambitieux que s’est lancé le fondateur de l’association Fermes d’Avenir en 2013.

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Photo : Fermes d’Avenir

Tout commence avec un jeune ingénieur très déterminé, Maxime de Rostolan, convaincu que l’agriculture de demain peut être à la fois viable économiquement et meilleure pour l’homme et l’environnement. La rencontre avec Louis-Albert de Broglie, propriétaire du Château de la Bourdaisière, qui partage sa vision, l’encourage et met à sa disposition une parcelle de terrain, va lui donner les moyens de relever le défi : prouver par l’expérience que l’agroécologie peut être aussi rentable que l’agriculture conventionnelle.

La ferme de la Bourdaisière : du projet à la réalisation

L’association Fermes d’Avenir voit le jour en 2013, en même temps que son projet fondateur : la création d’une micro-ferme agroécologique* expérimentale à Montlouis-sur-Loire, près de Tours. Quand l’équipe démarre, ils ont devant eux une simple prairie, qui servait à l’occasion de parking. Tout est à bâtir : les planches de culture, le système d’irrigation, les serres, les équipes… avec un investissement minimum, équivalent au prix d’un tracteur. L’objectif d’ici quatre ans : générer suffisamment de chiffre d’affaires, grâce à la vente des fruits et légumes bios produits sur place, pour assurer 2 à 3 emplois salariés. Et ainsi apporter la preuve que ce mode d’agriculture positive peut être généralisé et décliné avec succès.

Pour mettre en place ce projet, Maxime s’entoure de deux spécialistes en permaculture*. Sur place, ils consacrent plusieurs mois à l’observation pour tirer le meilleur parti de l’écosystème naturel. Le premier coup de bêche est donné le 1er avril 2014. Tout n’est pas rose pour les néo-maraîchers, et Maxime s’en explique dans le journal de bord qu’il publie régulièrement : un terrain difficile, peu favorable au maraîchage, des erreurs techniques, une météo déplorable en 2016… Mais c’est le propre d’une expérience que de tirer les leçons pour ajuster les orientations et s’améliorer.

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Photo : Fermes d’Avenir

Trois ans plus tard, l’activité de la ferme est pérenne et le bilan positif pour la petite équipe : en 2016, ils ont produit plus de 12 000 kg de fruits et légumes sans pesticides. Les légumes de la ferme de la Bourdaisière sont vendus sous forme de paniers à la ferme en vente directe, mais aussi localement à des restaurateurs, des maisons de retraite, et aux magasins spécialisés. Deux personnes sont employées à temps plein.

Sur le terrain et au-delà

Pendant que l’expérience se poursuit à la ferme de la Bourdaisière, l’activité de l’association Fermes d’Avenir se développe : création de nouvelles formations, mise en place de plusieurs concours visant à récompenser des agriculteurs/ices qui participent à la transition agricole, réalisation d’un plaidoyer porté devant l’Assemblée, développement de projets de grandes fermes, etc. Le tout avec l’objectif d’accélérer la transition agricole.

L’association organise également des événements afin mettre en lumière l’agroécologie. C’est notamment le cas des concours Fermes d’Avenir cités précédemment et du Fermes d’Avenir Tour, un festival itinérant en 30 étapes pour faire découvrir 160 fermes engagée au grand public.

Parallèlement, Maxime de Rostolan fonde Blue Bees, la première plateforme de financement participatif dédiée à l’agroécologie.

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Photo : © Clément Osé pour Fermes d’Avenir.

Avec beaucoup d’énergie et de persévérance, Ferme d’Avenir se bat pour promouvoir un nouveau modèle agricole, alternative à l’agrandissement des exploitations et à la production intensive : un maillage de petites exploitations agroécologiques, responsables de la santé des écosystèmes et des habitants. Un mode d’agriculture avec des retombées positives pour l’environnement, contribuant à lutter contre le dérèglement climatique, notamment en fixant du carbone dans le sol, et diminuant les coûts de dépollution de l’eau. Sans oublier les impacts économiques positifs pour les zones rurales, avec la création d’emplois et d’activités non délocalisables et pérennes.

Pour le fondateur de Fermes d’Avenir, « nous sommes dès à présent engagés dans la transition, et ces fermes sont notre avenir ». Un avenir pour lequel il appelle de ses vœux une véritable prise de conscience : « J’espère que l’on aura réussi à réaliser que le capital argent est peut-être moins important que le capital naturel et humain. Ce sera alors une vraie révolution, lorsque l’on notera la santé d’une entreprise non plus à l’aune simple de ses résultats financiers, mais que l’on regardera aussi sa capacité à maintenir le capital naturel et le capital humain en bonne santé. »(1)

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Qu’est-ce que la permaculture ?

Pensée dans les années 80, la permaculture est une démarche plus globale. L’objectif est de concevoir des installation humaines durables et résilientes, respectueuses de l’environnement et des êtres vivants, en s’inspirant du fonctionnement des écosystèmes. Elle repose sur une observation minutieuse des échanges et des cycles naturels. Cette démarche intègre les principes de l’agroécologie mais aussi ceux du développement durable : équité, coopération, autonomie, recyclage, gestion des ressources, des déchets…

Et l’agroécologie ?

L’agroécologie est une façon de concevoir des systèmes de production en s’appuyant sur les fonctionnalités offertes par les écosystèmes. L’objectif est de produire sans détruire, en valorisant les ressources naturelles et en maintenant leurs capacités de renouvellement.

(1) Extrait de l’interview : https://www.wedemain.fr/Maxime-de-Rostolan-Tout-est-possible-si-on-remue-ciel-et-terre-Surtout-la-terre_a3260.html