Alors que le nombre d’exploitations laitières ne cesse de diminuer en France (-37% entre 2008 et 2018), la question de l’installation des jeunes agriculteurs en bovins lait mérite une attention croissante. Face aux nombreux départs à la retraite, le renouvellement des générations est devenu une priorité en élevage laitier. Où en sommes-nous actuellement ? Qui sont ces agriculteurs qui s’installent pour produire du lait ? A partir des données des dernières années, voici un état des lieux et des éléments de réponse sur la situation.

Le nombre de candidats à l’installation est en baisse

Le nombre des installations en élevage herbivore a nettement décroché à partir du début de la décennie actuelle. En élevage bovin lait, on estime que les installations ont diminué d’un tiers depuis 2010.

En 2017, on a compté en France 1452 installations en bovins lait, versus 2 549 entrées d’actifs de moins de 40 ans par an entre 2000 et 2009. 

En Normandie, le “taux de renouvellement” s’élève à 60%

Le nombre d’installations par rapport au nombre de cessations d’activité d’élevage de vaches laitières se situe autour de 60 %.

Cependant, le ratio atteint seulement 53% en polyculture élevage. La Chambre d’agriculture de Normandie avance plusieurs hypothèses pour cette déshérence : filière mal connue, en déficit d’attractivité ou trop chère pour des jeunes primo-accédants.

Plus d’un tiers des exploitations laitières normandes ne sont donc pas reprises : elles sont démantelées et/ou partent à l’agrandissement de structures déjà existantes.

L’âge d’installation se situe entre 30 et 40 ans :

Le profil des repreneurs tend à se diversifier avec des installations à un âge plus tardif (30 à 40 ans), et des candidats en reconversion bénéficiant d’une autre expérience professionnelle avant de s’installer.

Plus de 20 % des installations se font hors cadre familial:

La reprise de l’exploitation familiale par les enfants est de moins en moins fréquente. Malgré tout, le milieu d’origine des nouveaux installés reste  agricole : la part de “Non issus du milieu Agricole” (NIMA) demeure minoritaire, à part dans de petits cheptels, souvent en bio, avec transformation et vente en circuits courts.

Le niveau de compétences augmente :

Le niveau de compétence des candidats est globalement en hausse, avec de plus en plus de candidats de niveau BTS. Ils sont aussi nombreux à bénéficier d’expériences professionnelles antérieures.

Deux installations sur trois se font sous forme de société :

Le Gaec est la forme juridique privilégiée. L’installation sous forme sociétaire permet de mieux répartir la charge de travail et les astreintes, et également le regroupement des moyens, limitant les risques financiers.

L’installation individuelle, encore présente, se raréfie en raison d’une reprise plus difficile, liée au niveau élevé de capitaux à reprendre, ainsi qu’à des conditions de travail jugées moins favorables, notamment en matière de capacité à se dégager du temps libre (difficulté à combiner reprise et embauche d’un salarié).

Les exploitations reprises sont de plus en plus grandes :

L’agrandissement des surfaces des exploitations est constaté partout, et est «recherché » par les jeunes dans la majorité des régions.

En plaine, une accélération de la restructuration est constatée avec des objectifs de production de 500 000 litres jusqu’à 2 millions de litres de lait. Les structures à plus d’un million de litres autrefois rares tendent à se banaliser.

Les petits cheptels disparaissent :

L’agrandissement des troupeaux est manifeste : il y a 20 ans, 40 000 exploitations avaient entre 5 et 25 vaches laitières.  En 2020, elles ont quasiment disparu (cessation d’exploitation ou agrandissement). La catégorie “supérieure” des exploitations de 25 à 50 vaches, qui étaient au coeur de la production française, diminue aussi : de 25 000 en 2005 à 5 700 en 2018. D’ici 2035, près de la moitié des cheptels pourrait atteindre 75 à plus de 150 vaches laitières (projection CNIEL/France Agrimer).

En 2016 le nombre moyen de vaches laitières présentes dans un élevage français était de 62,6. (Faire Bien soutient les exploitations à “taille humaine” : nos fermiers partenaires ont en moyenne un cheptel d’une soixantaine de vaches)

Parallèlement, la bio progresse :

Partout, les projets en agriculture biologique se développent y compris en filière longue, permettant à des structures réduites en dimension d’améliorer la valeur ajoutée grâce au prix du lait bio.

Les installations en élevage de ruminants aboutissent à des situations pérennes :

Les données de la MSA 2019 soulignent que 92,6 % des installés (40 ans et moins) demeurent en place après 6 ans d’exercice en secteur bovin lait.

Le renouvellement des générations, c’est le combat de Faire Bien !

Pour maintenir la pérennité des exploitations laitières en France, le renouvellement des générations est crucial. A la réduction du nombre d’exploitations laitières           (de 120 000 en 2000 à 59 000 en 2017) s’ajoute le vieillissement des chefs d’exploitations : 49% vont dépasser 60 ans d’ici 10 ans, et les +50 ans détiennent 43% des vaches laitières en 2016.

Les exploitations individuelles et les GAEC sont aujourd’hui largement majoritaires : pour ces deux formes d’exploitations, les départs à la retraite seront très importants dans les dix prochaines années. C’est un enjeu alimentaire, économique et environnemental de taille, mais aussi une opportunité pour les futurs jeunes éleveurs.

L’urgence de préparer la relève est au coeur du combat de Faire Bien. En reversant 5% de notre chiffre d’affaires, nous nous engageons pour renforcer l’attractivité du métier :

  • en améliorant la qualité de vie des éleveurs avec le financement de 7 jours de remplacement annuel pour nos éleveurs partenaires,
  • avec le programme de La Pépinière, une formation innovante pour encourager les vocations de « jeunes pousses », futurs éleveurs laitiers bio.

Sources

https://www.franceagrimer.fr/Actualite/Filieres/Lait/2019/ETUDE-Les-solutions-de-financement-pour-aider-l-installation-des-jeunes-agriculteurs-en-elevages-laitiers

http://idele.fr/fileadmin/medias/Documents/Rapport_de_synthese_NIMA_VF.pdf

Livre Blanc CNE – Renouvellement des générations en élevage 2019.pdf

https://www.franceagrimer.fr/fam/content/download/62576/document/2019-11-13%20Introduction%20FAM-Cniel.pdf

https://normandie.chambres-agriculture.fr/fileadmin/user_upload/National/FAL_commun/publications/Normandie/observatoire-Installation-normandie.pdf

http://www.web-agri.fr/actualite-agricole/economie-social/article/a-quoi-ressemble-l-installation-en-elevage-bovin-lait-1142-170215.html