Rencontre avec Christine DESMORTIER, Responsable du service régional Installation – Transmission, Chambre d’Agriculture de Normandie

Ingénieure agricole de formation, Christine Desmortier a poursuivi toute sa carrière au sein de la Chambre d’Agriculture. Aujourd’hui responsable du service régional Installation – Transmission pour la Normandie, elle est au cœur des problématiques du renouvellement des générations. Forte de sa longue expérience et d’une connaissance pointue des enjeux, elle explique la mission de son service auprès des porteurs de projets comme des cédants et partage son analyse de la situation actuelle dans le secteur laitier.

ervice régional Installation – Transmission, Chambre d’Agriculture de Normandie

Des dispositifs pour accompagner l’installation et la transmission

Si le service Installation-Transmission de la Chambre d’Agriculture de Normandie est régional, ses équipes sont basées dans les 5 départements normands (Manche, Calvados, Eure, Orne, et Seine Maritime). Les missions qu’elles assurent sont confiées par l’Etat et relèvent du service public.

Grâce à plusieurs dispositifs, le service est l’interlocuteur privilégié des porteurs de projet. Ainsi, leurs équipes animent dans chaque département le Point Accueil Installation (PAI). Ils sont là pour recevoir tous ceux qui veulent créer ou reprendre une entreprise agricole. “Notre mission est d’informer sur le parcours à l’installation : balises de route et étapes, aides, dotations et orientation vers des partenaires qui peuvent aider, comme un juriste par exemple, points de vigilance et préconisations, rétro planning…” explique C. Desmortier. “Ce rendez-vous avec un conseiller installation du PAI  permet de donner un cadre plus concret au projet. C’est valable pour les personnes issues du milieu agricole, déjà formées, mais aussi pour ceux qui ne le sont pas : ils ont une idée du projet, mais ne savent pas comment s’y prendre et se sentent parfois un peu “baladés”. Nous sommes là pour les aider à hiérarchiser les priorités.”

Lors de ce rendez-vous, on évoque aussi le Plan de Professionnalisation Personnalisé (PPP), obligatoire pour faire la demande de DJA. L’objectif est de faire un bilan des compétences du porteur de projet : “L’idée est de travailler avec lui pour bien cerner les compétences nécessaires à la réussite de son projet. S’il nous semble que certains points sont à consolider, nous allons prescrire des modules de formation, des stages en exploitation, ou mettre en place un contrat de parrainage…”. Le PPP prévoit également un stage obligatoire de 21 heures, pour ceux qui vont demander la DJA ou le dispositif aide Impulsion/Installation.

Les conseillers sont donc les interlocuteurs des porteurs de projets souhaitant obtenir la Dotation Jeune Agriculteur. “Nous allons les conseiller, par exemple pour ce qui concerne le réglementaire”, ajoute C. Desmortier. “Entre le projet pensé et le projet finalisé, il s’écoule environ 18 mois pendant lesquels nous suivons et accompagnons leur dossier, avant transmission aux services de l’Etat”.

ervice régional Installation – Transmission, Chambre d’Agriculture de Normandie

Le service a aussi pour mission d’animer le Répertoire Départs/Installations, l’outil internet où paraissent les offres des cédants, et source d’information précieuse pour les recherchants. Pour faciliter la transmission, il existe aussi le Point Info Transmission, avec un conseiller qui répond au cédant par téléphone, ou éventuellement avec un rendez-vous sur l’exploitation. Les conseillers organisent également des rendez-vous installation, pour mettre en contact cédants et repreneurs et trouver le meilleur “match”.

Et oui, en lien avec région Normandie, de nombreux dispositifs sont mis en place : portes ouvertes, prestation de conseils individuels ou collectifs, études économiques…

Freins et leviers en installation élevage lait

En ce qui concerne l’élevage laitier, Christine Desmortier observe une nette évolution de la situation : “Jusqu’à il y a dix ans, les jeunes voulaient s’installer en lait. Les revenus étaient assurés, et les prix stabilisés par les quotas laitiers permettaient d’en vivre. La fin des quotas a déstabilisé les volumes et les prix : il y a de moins en moins de porteurs de projets intéressés par le lait aujourd’hui”. Le désintérêt des porteurs de projet pour les exploitations laitières s’explique aussi par le coût élevé de l’installation. “Le capital foncier est aussi un frein : les personnes sont intéressées par le fait de reprendre les terres, mais pas les bâtiments”.

A ces motifs économiques s’ajoutent aussi des changements sociaux : “La transmission familiale ne s’exerce plus comme avant pour cette  nouvelle génération. Les jeunes ont aussi peur de l’astreinte inhérente au métier d’éleveur laitier, et de la difficulté à harmoniser vie professionnelle et vie privée”, constate-t-elle. “ Et puis, on a  de moins en moins la fibre animale !”. Si l’intérêt est plus vif pour le mode de production bio, “c’est le maraîchage qui attire davantage, surtout pour les personnes non issues du milieu agricole. On ne s’improvise pas à gérer un troupeau de 50 à 60 vaches !”.

Enfin, Christine Desmortier déplore le manque de ”force de travail” : “Il n’y a pas assez de salariés agricoles, or une personne seule ne peut pas tout assurer sur une exploitation laitière”. L’une des solutions à moyen terme serait de développer le salariat agricole en lien avec le lait : “Cela prend du temps de constituer un vivier, il faut donc s’en préoccuper dès aujourd’hui. C’est dans cette optique que la Chambre d’Agriculture soutient l’initiative de La Pépinière lancée par Faire Bien ». 

La Pépinière, programme de formation professionnalisante ouvert à tous pour se former à l’élevage laitier bio, accueille sa première promotion en octobre 2020. Faire Bien et ses partenaires s’engagent pour le renouvellement des générations et la pérennité du métier d’éleveur laitier bio.