Jeunes éleveurs laitiers, l’agriculture bio est une opportunité pour assurer la relève !

Le modèle alimentaire est en train de changer : mieux se nourrir est devenu une exigence légitime pour les consommateurs. Dans ce contexte, rien d’étonnant à ce que le marché du bio, et en particulier celui du lait bio, soit en pleine croissance. Et il va falloir répondre à cette demande. Or, d’ici 2025, la moitié des exploitations laitières françaises sera touchée par les départs à la retraite : sera-t-on capable de faire face à la demande sans préparer, dès aujourd’hui, la relève ? Autrement dit, comment pérenniser le métier d’éleveur laitier ?

L’extension de l’agriculture bio, filière d’avenir pour les jeunes éleveurs laitiers, constitue l’une des réponses à l’érosion de la démographie agricole. Sans être un horizon unique, c’est une voie qui a du sens, capable de répondre aux enjeux de demain.

En France, le nombre d’exploitations laitières a diminué de plus de moitié en vingt ans, passant d’environ 160 000 exploitations en 1995 à 70 568 en 2013. Prenons le cas de la Normandie, 2e bassin laitier français en volume de production de lait de vache. Entre 2010 et 2015 ce sont 376 élevages laitiers qui ont disparu chaque année. A la question de la diminution inexorable des exploitations s’ajoute celle du vieillissement des exploitants : plus de la moitié des chefs d’exploitations a plus de 50 ans, et 28% d’entre eux a plus de 60 ans. Donc, d’ici 2025, plus du tiers des exploitations laitières normandes sera concerné par ces départs à la retraite. Dans une région où l’on compte 2 installations pour 5 départs, la question des repreneurs est préoccupante. D’autant que le modèle traditionnel, dans lequel l’exploitation était transmise de père en fils, ne va plus de soi.

Pour de jeunes éleveurs laitiers, la filière bio s’avère être une filière d’avenir, avec des perspectives. Le marché est en pleine croissance : pour le seul lait bio, les achats des ménages français ont plus que doublé entre 2007 et 2015. Non seulement les éleveurs sont assurés de vendre leur lait, mais face à l’envolée de la consommation, le risque de manque de lait bio français n’est plus écarté. L’élevage bio est aussi plus attractif parce que plus rémunérateur. En 2016, le prix moyen réel payé aux producteurs de lait bio s’est situé autour de 460€ /1000 litres, pour 300€ /1000 litres conventionnels. Et ce de façon stable, déconnectée des tendances de la filière conventionnelle ou du marché mondial dont les prix se dégradent.

Par ailleurs, et ce n’est pas le moindre, la bio est source d’accomplissement personnel : durable, responsable, elle redonne du sens au métier d’éleveur. En tant que filière de qualité, valorisée socialement, elle est à même de recréer du lien entre agriculture et société, entre les campagnes et les villes. L’exploitation extensive requiert des compétences pointues, de l’expertise agronomique à la connaissance des animaux : savoirs et savoir-faire humains y tiennent une place prépondérante. Exercer un métier à forte valeur ajoutée, conjuguant performances économiques et performances environnementales, voilà ce dont un éleveur bio peut se prévaloir.

Plus largement, pérenniser le métier d’éleveur via la filière bio génère des retombées positives pour la société, l’économie et l’environnement. Dans un marché en pleine croissance, c’est contribuer à maintenir la souveraineté de production de lait bio français. C’est également favoriser la création d’emploi dans les zones rurales, parce que la bio, moins mécanisée, demande davantage de main d’œuvre. C’est aussi lutter contre le recul des surfaces agricoles utiles au profit du foncier, ou de modèles de production intensive moins bénéfiques pour la planète, alors que le modèle économique herbagé est l’un des plus favorable à l’environnement et à la préservation de la biodiversité.

Il est donc crucial d’agir pour que le métier d’éleveur bio se pérennise. Nous devons former aujourd’hui ceux qui prendront la relève demain et les soutenir dans la reprise des petites exploitations extensives. S’installer « en bio » est onéreux, car le modèle extensif d’élevage en pâturage exige de vastes terrains. Il y a donc un enjeu à développer l’accessibilité des terres. Il nous appartient aussi d’imaginer des formations innovantes, comme le système de compagnonnage, pour favoriser la transmission des savoirs. Un système qui valoriserait les deux générations, apportant aux néo-éleveurs une connaissance solide du métier, acquise sur le terrain, et aux éleveurs confirmés la satisfaction de transmettre leur expérience.

La bio constitue une formidable opportunité pour dynamiser le nécessaire renouvellement des générations. Pour le mener à bien, tous les acteurs devront jouer leur rôle : les pouvoirs publics, en prenant des mesures concrètes. Les consommateurs en faisant le choix d’une alimentation en accord avec leurs convictions, plus respectueuse des animaux, des hommes, et de la terre. Et les entreprises de l’agroalimentaire en s’impliquant davantage. L’avenir de l’agriculture nous concerne tous : n’attendons pas qu’un autre fasse le premier pas pour se décider à agir.

Le collectif Faire Bien

Michèle Cardon, Stéphanie Guilloneau, Antoine de Vaubernier, Sheily Lemon, Christophe Audouin, Alexandra Dubois, Jade Mauzat, Aude Gamberini, Frédéric Menu, Maelyne Nhouyvanisvong, Frédérique Sanzey, Maéla, Sébastien, Loic Peres, François Rouland, Emmanuelle Paillat, Emma Guenancia.

Sources : Agreste, MSA (Mutuelle sociale agricole), Chambre régionale d’agriculture de Normandie, INSEE, ASP, Ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation, DRAAF de Basse-Normandie, France Agrimer, FNAB, Assemblée Nationale