Le goût et la saveur ont toujours été un fil conducteur dans la vie de Roxane. Parce qu’elle n’en trouvait plus assez dans sa “première vie”, elle a tout quitté pour se lancer dans la production de plantes aromatiques bio. De l’audace, un brin d’impertinence, de l’humilité et beaucoup d’énergie, voilà la recette qui a changé la vie de cette jeune femme aujourd’hui agricultrice à plein temps dans le Gers.

© La Bonne Herbe

Quand la vie manque de saveur…

Avant de devenir agricultrice, Roxane a été pendant 5 ans responsable qualité dans l’industrie agroalimentaire, plus spécialement dans le secteur de l’épicerie fine. Mais son dernier poste, chez un fabriquant de spécialités cuisinées du Sud-Ouest, l’amène à s’interroger sur l’adéquation entre ses valeurs et ce qu’elle réalise au quotidien dans son métier : « la standardisation de l’aliment était trop éloignée de ma vision de l’alimentation et de la pluralité et diversité que nous offre le monde… », explique-t-elle.

Alors que son contrat de travail s’achève, ses parents achètent une maison avec du terrain dans le Gers, où ils se retrouvent très régulièrement. L’idée de changer de vie commence à poindre : « C’est en faisant le jardin que je me suis dis que c’était ce que je souhaitais faire, cultiver la terre ! » raconte Roxane. « Le choix des plantes aromatiques est venu de ma passion pour la cuisine, mais aussi du fait que ce terrain dans le Gers s’y prêtait vraiment. Aussi, les plantes aromatiques offraient la possibilité de transformation à la ferme, et ça me permettait d’imaginer un métier aux multiples activités. ». L’année de ses 30 ans, elle décide de franchir le pas et annonce à son entourage : “Je vais produire et transformer des épices et des aromates. Il faut du goût, du goût, du goût !”.

En 2016, elle entreprend donc une formation agricole (BPREA), spécialisée en maraîchage et en arboriculture, pour connaître les bases du végétal. En parallèle, Roxane effectue des stages chez des producteurs, des formations courtes, et lit tout ce qu’elle peut sur le sujet. Un an plus tard, diplôme en poche et motivation au maximum, le projet de La Bonne Herbe voit le jour.

© La Bonne Herbe

Roxane s’installe sur une friche d’un hectare pâturée par des chevaux, cédée par ses parents, dans le petit village de Savignac-Mona, une commune du Gers à 40 kilomètres de Toulouse. Si la partie administrative de l’installation n’est pas aisée, la néo-agricultrice bénéficie du soutien de la région et de la mairie de Savignac-Mona pour que son projet voie le jour. Autre gros obstacle au démarrage, l’absence totale d’eau en première saison : c’est grâce à une campagne de financement participatif qu’elle parvient à équiper toutes ses parcelles. « Cependant, il n’y a pas d’eau puisable (nappe, source, rivière, puits) et je suis contrainte de prélever sur le réseau d’eau potable, ce qui ne me satisfait pas et a un coût très important, écologique et économique. Un point d’amélioration auquel je continue de réfléchir », ajoute Roxane.

Retrousser ses manches, encore et toujours

La mise en culture des plantes pérennes (romarin, thym, sarriette, sauge…) démarre sur 4000m². Puis, sur  les 4000 m² restant, les aromatiques annuelles. C’est là que la jeune agricultrice va passer le plus de temps du printemps à l’automne, entre la préparation des planches et les récoltes.

La première saison, marquée par une météo difficile, est en demie teinte : 30% des plantes pérennes sont perdues ! Et les conditions sont difficiles : si tout est en place pour la culture, il manque encore les locaux nécessaires à l’activité de transformation. L’année 2018, avec 80 kilos de plantes aromatiques récoltées, est encourageante.

Reste à se retrousser les manches pour transformer l’ancien abri à foin en atelier et construite le séchoir, indispensable au projet ! Si Roxane travaille seule sur l’exploitation, elle bénéficie d’un fort soutien de son entourage : « C’est un projet familial : mon équipe, c’est ma famille. Je reçois énormément d’aide de leur part : mon père, mon frère et mon mari m’ont beaucoup aidé sur la construction du séchoir et l’atelier de transformation, et ma mère est d’une grande aide sur la partie planification des cultures. C’est elle qui m’a transmis la passion du végétal ! ».

© La Bonne Herbe

Du travail entièrement fait main

Roxane s’attache à produire dans des conditions écologiques : peu de mécanisation, et aucun produits chimiques. Tout est absolument fait à la main : travail du sol, paillage, désherbage, semi, repiquage,  plantation, soins aux cultures, tailles, récoltes, effeuillage, mise en pot, étiquetage… et « même la compta », ajoute Roxane !

« Mes produits sont de qualité supérieure car ce sont des plantes cultivées en saison, en pleine terre. Cela leur permet de développer le maximum d’arômes. Elles sont récoltées à l’optimum de maturité puisque je veille sur elles 6 jours sur 7 ; puis dès qu’elles sont ramassées, elles rejoignent le séchoir à basse température qui garantit que les arômes ne sont pas dégradés ou volatilisés », explique-t-elle. « Sans transport et dans ces conditions de séchages, ce sont des plantes qui ont un fort potentiel aromatique. Ensuite les plantes sont effeuillées à la main et je réalise un tri minutieux : je ne souhaite pas vendre de bois, ni de feuilles jaunies ou brulées ! C’est un travail soigné et artisanal. Les produits sont 100% naturels, sans arômes, sans artifices et cultivés localement ».

© La Bonne Herbe

Une méthode qui garantit la qualité de sa production artisanale et fait la différence avec les produits industriels. D’ailleurs, les notes aromatiques de ses plantes sont si puissantes qu’elle assure qu’on peut même infuser deux fois sa verveine, avec autant de goût ! La Bonne Herbe est rapidement certifiée bio : une étape essentielle pour Roxane qui s’attache à bichonner les sols et à encourager la biodiversité sur son exploitation, devenue comme elle le dit « le garde manger d’un paquet d’insectes !”.

Dans l’atelier de Roxane, où stockés une quinzaine de kilos de plantes sèches, sans compter celles qui arrivent chaque jour en cette saison estivale, la transformation de la production est en cours : boissons avec des mélanges de plantes à infuser (verveine, menthes, rhubarbe, pomme, citronnelle…), sirops (verveine, menthe poivrée, rose…) et des épices et mélanges d’herbes aromatiques (herbes de Provence, romarin, mélange poisson, mélange italien, coriandre, cumin, piments). On peut déjà les acquérir sur place.

Rentrée de congé maternité après avoir donné naissance à son premier enfant, la jeune agricultrice se fixe pour prochain objectif la commercialisation et la distribution de ses produits dès la prochaine rentrée : « Mes produits seront sont vendus en ligne, sur notre site internet de La Bonne Herbe, mais aussi directement au séchoir, ainsi que dans des boutiques de producteurs en région toulousaine et des boutiques de vrac locales ».

Un circuit court que Roxane a choisi pour préserver la qualité artisanale de sa production et, à moyen terme, parvenir à se rémunérer correctement sous 2 à 3 ans. A terme, elle espère pouvoir embaucher une personne en saison pour l’aider aux champs, ou à mi temps pour l’aider à la commercialisation : « Cela signifiera que j’aurais pu dégager le revenus nécessaires, et donc que mes produits auront rencontré leur public ». Prête à relever le défi, chaque jour la conforte dans son choix : « Aujourd’hui, je n’ai plus le stress que j’avais lorsque je travaillais dans l’industrie. J’ai quitté le sentiment d’inaccompli permanent que j’avais, je suis fière de ce que je fais et de ce que je me découvre capable de faire. Je me suis aussi rapprochée de ma famille et j’ai retrouvé ma région natale. Maintenant, avec un bébé dans ma vie, je peux aussi gérer mon emploi du temps comme je le souhaite, lui accorder du temps et lui offrir un environnement d’éveil sain. »