Il faudrait des milliers de fermes vertueuses
pour répondre aux enjeux de notre siècle

Rencontre avec Margaux Bounine-Cabalé, fondatrice de l’association Happycultors et porteuse du projet de micro-ferme écologique en collectif La Ferme de Marcillac

Photo : Margaux Bounine-Cabalé

Faire Bien : Margaux, vous n’êtes pas issue du “monde agricole” : quel a été votre parcours avant la ferme de Marcillac ?

Margaux Bounine-Cabalé : En effet, rien ne me prédisait aux métiers agricoles (mis à part peut-être des ancêtres paysans) ! J’ai suivi un cursus juridique et en parallèle, mon orientation écologique a commencé : j’ai créé l’association Voyager Solidairement au sein de l’Université et une fois mon diplôme en poche, je suis partie réaliser mon projet Green solidarity my way, 9 mois d’éco-volontariat en Amérique du sud. Ce projet m’a permis de me rendre compte – sur le terrain – de l’état de notre planète. À mon retour, je tenais absolument à agir pour la protection de la biodiversité : c’est la raison pour laquelle j’ai suivi le Master 2 BIOTERRE (Biodiversité, TERRitoires, Environnement), à l’Université Paris Panthéon Sorbonne.
Après des expériences professionnelles en entreprise et dans le milieu associatif, je suis partie au Chili pour m’investir sur un projet agricole en biodynamie qui démarrait tout juste. Là-bas, j’ai compris à quel point, à travers l’agriculture, on avait un impact aussi bien sur la préservation de l’environnement que sur la santé, l’économie, le lien social, l’éducation. C’est également là-bas que j’ai compris qu’avant de m’engager dans un projet agricole, il fallait que je me forme plus sérieusement. J’ai donc entrepris mon tour de France de l’agriculture naturelle en 2016.

Faire Bien : Pouvez-vous nous raconter cette expérience ?

M. B-C : Mon tour de France des Happycultors a été l’occasion de m’inspirer de ces gens géniaux, qui apportent des solutions concrètes aux enjeux liés à l’environnement, l’agriculture, au vivre ensemble. C’était un peu un rêve que j’ai réussi à mettre en place grâce au soutien de plein de monde : on m’a donné une voiture, une tente, des plantes, des vivres bio… Des artistes géniaux m’ont aidée à customiser mon « happycar », ma voiture potager (le coffre de toit était rempli de bacs de plantes colorés).
Cette expérience m’a ouvert aux multiples solutions qui existent pour un modèle agricole durable. Elle m’a aussi permis de rencontrer mes acolytes de la ferme de Marcillac ! Et de me former au métier de paysanne, aux côtés de pionniers ou dans des centres de formation pilotes. Toutes ces découvertes, je les ai partagées à travers mon blog, les réseaux sociaux, des petites vidéos.

Photo : Margaux Bounine-Cabalé

Faire Bien : Comment est né le projet de la micro-ferme écologique de Marcillac ?

M. B-C : Quand je suis partie sur les routes de France pour me former à l’agriculture, c’était une évidence que de ce projet allait découler un projet de ferme. Avec qui ? Où ? Je n’en avais aucune idée ! J’avais alors en tête un projet de micro-ferme urbaine, parce que près de 50% de la population mondiale vit en ville, avec un quotidien pollué, déconnecté de la nature ; c’est presque vital de laisser pousser la nature dans nos villes. Mais finalement, l’amour de la campagne a pris le dessus et c’est un heureux hasard qui m’a permis de rencontrer – pendant mon étape dans l’association en Permaculture « Terre, Paille et compagnie » – mes deux acolytes avec lesquels j’ai co-fondé la micro-ferme écologique de Marcillac !

Faire Bien : Pouvez-vous nous présenter “le collectif” ? Quel est le rôle de chacun à la ferme de Marcillac ?

M. B-C : Notre petit collectif est constitué d’Hugo, Gaspard, moi et Moko notre mascotte chasseur de truffes. Nous sommes soutenus de très près par les autres membres du hameau (une famille d’amis et les parents et grands-parents d’Hugo), sans compter les amis qui nous filent de précieux coups de main le weekend.
Pour l’instant, nous sommes tous les trois à 1000% sur le pôle maraîchage avec une répartition des tâches annexes liée à nos compétences propres : Hugo, le bricolo de l’équipe, dirige les chantiers liés à l’infrastructure de la ferme, Gaspard gère les tableaux de production des cultures et assure la planification, et je communique sur ce que l’on fait, démarche des partenaires et m’occupe de la favorisation de la biodiversité sur notre projet.
Concernant l’agricole, Gaspard et moi sommes plus focus sur le maraîchage, Hugo lui est en train de monter le pôle poules pondeuses qui – à terme – pâtureront sous nos futurs vergers d’arbres fruitiers que l’on prévoit de planter pendant l’hiver 2019.

Photo : Margaux Bounine-Cabalé

Faire Bien : A quelle étape de développement en est, aujourd’hui, le projet de la ferme de Marcillac ?

M. B-C : Tout a commencé en janvier 2018 sur une prairie appartenant à mes beaux-parents. Hugo et Gaspard étant en formation agricole au BPREA de Périgueux jusqu’au mois de juin, on s’est fixé comme objectif pour 2018 de vendre quelques légumes (dont le haricot vert en très grande quantité) pour commencer à se faire connaître, rentabiliser quelques investissements et tester les différents modes de commercialisation qui s’offrent à nous localement.
Et on espère qu’on aura une production diversifiée digne de vrais maraîchers au printemps 2019.

Photo : Margaux Bounine-Cabalé

Faire Bien : Quels sont vos objectifs avec votre production ?

M. B-C : On aimerait (très fort) baser notre système de commercialisation sur la vente à la ferme et même sur l’auto-cueillette à la ferme. Ça nous ferait gagner un temps de travail fou et ça permettrait à nos futurs clients de se connecter autrement à ce qu’ils mangent, de faire une activité en famille. Mais pour ça il faut que l’on fasse nos preuves et qu’on se fasse connaître de la population locale.

Faire Bien : Votre ferme, inspirée par la permaculture, sera complètement bio. Comment voyez-vous l’agriculture du XXIe siècle ?

M. B-C : Vu la crise écologique mondiale que l’on est en train de vivre, il faudrait des milliers de fermes qui vont au-delà du bio : qui respectent les sols, les ressources, optimisent l’énergie solaire, créent de l’emploi, nourrissent sainement et localement les populations, favorisent le développement d’une biodiversité. Il faudrait des milliers de fermes vertueuses pour répondre aux enjeux de notre siècle.

Faire Bien : Ce projet est un choix professionnel, mais aussi un choix de vie : en quoi répond-il à vos attentes personnelles ?

M. B-C : Ce projet a du sens pour nous à tous les niveaux : on a un cadre de vie magnifique, on créé de la vie au quotidien en faisant pousser nos légumes, on apprend sans fin, on créé du lien avec nos voisins et puis on est heureux que notre petite Anouk grandisse dans un environnement sain et s’éveille au contact de la nature.

Faire Bien : Vous partagez vos convictions écologiques et votre projet sur votre blog et les réseaux sociaux. Est-ce important de consacrer du temps à communiquer ?

M. B-C : Oui, pour moi c’est aussi important de faire que de communiquer pour sensibiliser et contribuer à l’évolution des mentalités. Mais cela demande beaucoup de temps, d’énergie, de créativité ! Je ne remplis clairement pas mes objectifs mais j’essaie quand même de partager la bonne nouvelle que les solutions existent ! Il y a clairement une dimension militante, tout comme un moyen de se faire connaître.

Faire Bien : Comment voyez-vous la ferme de Marcillac dans 5 ans ? Qu’est-ce qu’on peut vous souhaiter ?

M. B-C : On la voit avec des légumes à foison, des poules bienheureuses, des arbres partout et des fruits de toutes sortes commençant à montrer le bout de leur nez. On espère aussi que dans 5 ans on aura un bâtiment agricole digne de ce nom avec une zone de stockage du matériel et des légumes et si possible un beau laboratoire de transformation de nos produits pour faire des sauces et des confitures à gogo !
On aimerait bien avoir aussi un espace de jardinage associatif, quelques animaux, un espace de jeux dédié aux enfants, une retenue d’eau bénéfique pour la faune et la flore avec un système de dynamisation de l’eau que l’on utilisera pour arroser nos cultures. On pense aussi à un projet de lieu d’accueil pour les enfants, agrémenté d’une école. Nous avons beaucoup de rêves, mais aussi beaucoup d’énergie, alors on croise les doigts très fort !