« Nous voulons créer un lieu ouvert pour partager notre vision du monde et de l’agriculture de demain »

Rencontre avec Guillaume Haelewyn, co-fondateur de l’association « L’Arbre, tiers lieu agri-culturel »

Créer un lieu de partage, d’échange, de convivialité dans lequel l’agriculture et la culture sont à l’honneur, c’est l’initiative portée par l’association « l’Arbre, tiers lieu agri-culturel », dans le Calvados. A sa tête, un petit noyau familial et amical, qui a décidé d’ouvrir et de transformer une partie de sa ferme pour accueillir le public local ou de passage. C’est avec enthousiasme et passion que Guillaume Haelewyn raconte son expérience mais aussi son engagement pour la permaculture, le bio, l’humanisme et l’écologie.

L’Arbre, tiers lieu agri-culturel

De gauche à droite : Victor George, Florence Haelewyn, Aurélien Marie et Guillaume Haelewyn, 4 des 6 fondateurs du projet tiers-lieu  ©  Lydie Léostic

A l’origine de ce projet, un jeune agriculteur normand de 28 ans, ses parents, sa sœur, et  deux amis, Victor George et Aurélien Marie. Alors que ce dernier est historien, spécialiste de la Seconde guerre mondiale (et donc des lieux historiques du Calvados), Guillaume Haelewyn a poursuivi dans la voie familiale : l’agriculture. Son père, Gilles, est en effet éleveur laitier bio. A son tour, Guillaume se forme en production laitière, devient ingénieur agronome, travaille pour Lactalis en Inde pendant un an, avant de revenir en France poursuivre son expérience professionnelle.

A l’été 2016, un drame personnel vient bouleverser le cours de sa vie. Profondément ébranlé, il rejoint Saint-Jacques-de-Compostelle à pied, et pendant ces deux mois de marche solitaire, écoute ses aspirations profondes : « J’ai compris que ce qui donnerait le plus de sens à ma vie, c’était de prendre soin d’un bout de terre pour nourrir les gens, mais aussi de partager avec d’autres ma vision du monde et de l’agriculture ». Fini la production laitière : il s’installe donc, à côté de la ferme de son père, à Commes près de Bayeux, sur 2.5 hectares en maraîchage bio, pour produire des fruits et des légumes, ainsi que des œufs avec 200 poules pondeuses. Aujourd’hui, ce sont environ 250 familles qui se nourrissent de sa production en s’approvisionnant directement à la ferme.

Sa ferme s’appelle « Le jardin de Deux’main », un nom qui résume bien tout ce à quoi il croit : la permaculture et le « maraîchage vivant » (moins de travail sur le sol pour davantage de fertilité) et le collectif.  Se définissant comme un « paysan chercheur » côté agronomie, il croit aussi fermement à la nécessité humaine de « chercher à vivre ensemble, dans le respect de la terre et des autres ». Un credo qui l’a lui-même tiré d’un mauvais pas : en 2018, il se casse les deux malléoles et se trouve immobilisé plus de deux mois. Plus d’une centaine de ses clients décide alors de prendre le relais et s’organise pour prendre soin de son jardin et de sa production ! Pour les remercier, Guillaume organise une grande soirée avec concert et repas. Le plaisir et l’intérêt que chacun ressent à partager ce moment lui donnent  l’envie d’un lieu pérenne pour reproduire l’expérience : « J’ai pris conscience de combien les gens avaient besoin de ces moments d’échanges ! ».

Au printemps dernier, Guillaume, sa famille et Aurélien Marie créent donc l’association, « L’arbre, tiers lieu agri-culturel », pour donner forme au projet. Et le lieu est tout trouvé : un grand corps de grange entre son exploitation et celle de son père, qui ne demande qu’à être restauré.

© L’arbre – Tiers-lieu Agri-Culturel

Sans plus attendre, l’association a proposé dès cet été un programme « hors les murs » de rencontres conviviales autour de thématiques agricoles et culturelles : un premier pas pour se faire connaître dans le paysage agri-culturel normand et commencer à financer la rénovation du corps de ferme. L’objectif est de proposer un lieu ouvert, un espace de partage pour adultes et enfants, animé par des passionnés. Guillaume imagine un bar-salon de thé associatif  avec « jardin comestible », une grande salle de spectacles musicaux et théâtraux, des formations agricoles en permaculture et des ateliers (par exemple « zéro déchets ») pour le grand public. L’association souhaite aussi pouvoir accueillir en auberge de jeunesse et  « proposer une offre touristique alternative ».

Le projet est ambitieux, mais cette première expérience estivale est un succès qui motive les initiateurs : «  Tout s’est très bien passé », se réjouit Guillaume. « Le public adulte était ravi des visites comme des rencontres, et nous avons eu plus de demandes que de places pour les ateliers pour enfants ». D’ailleurs, l’engouement des participants laisse penser que la grange pourrait être restaurée plus rapidement que ce qui était initialement prévu (2 ans) : « Un expert en éco-construction s’intéresse de près à notre projet, et beaucoup de personnes sont désireuses d’apprendre ces techniques. Plutôt que d’attendre les éventuelles subventions, pourquoi ne pas lancer des chantiers participatifs ? ». Le lieu pourrait alors être fonctionnel pour l’été prochain.

© L’arbre – Tiers-lieu Agri-Culturel

D’ici là, et pour clore la saison en beauté, l’équipe propose un grand rendez-vous : le festival éco-citoyen « Soyons demain », qui se tiendra les 28, 29 et 30 août à Commes (entre Bayeux et Port-en-bessin). Un programme riche : projection du film « The Biggest little Farm » (2019) suivie d’un débat, plusieurs concerts (rock, fanfare), marché avec une vingtaine de producteurs et d’associations de la transition écologique, des ateliers jardinage pour enfants, un goûter-débat avec des producteurs bio, des visites guidées du jardin de Deux’main et de la ferme du GAEC 2000, deux modèles d’agriculture bio… Et pour ceux qui veulent profiter de ce week-end festif et engagé, il y a même la possibilité de camper sur place : une belle invitation au cœur du terroir normand !