De la passion, de la ténacité, de l’engagement et un amour pour la nature qu’elle a envie de partager avec le plus grand nombre : voilà ce qui anime Marion Couapel, la jeune femme à l’initiative du projet de ferme pédagogique en Pays de Loire. Pour transformer une exploitation abandonnée en lieu plein d’animaux, de fleurs, de joie et de visiteurs, Marion et son mari ne ménagent pas leur peine. Leur projet commun, « Le Marais de Mira », ouvrira ses portes au public au printemps 2021.

Le Marais de Mira

©Le Marais de Mira

Une ferme pour produire, se nourrir, expliquer et partager

Installée depuis deux ans sur 7 hectares à Varennes-sur-Loire, petite commune rurale entre Angers et Tours, Marion Couapel mûrit son projet de longue date : « A 5 ans, je voulais être ingénieure des eaux et forêts… à 20 ans je voulais monter une ferme pédagogique qui rassemblerait toutes mes passions dans un seul et même endroit ». Arrivée à la trentaine, après un monitorat d’équitation, une licence de biologie végétale, un Certificat de Conception en Permaculture (CCP) et 8 mois d’expérience en tant qu’ouvrier maraîcher, la passion de la jeune femme pour tout ce qui touche à la nature n’a fait que croître. Son engagement également : « Le projet de ferme pédagogique, c’est aussi un moyen de préserver l’environnement, de transmettre un mode de vie plus autonome et de sensibiliser le public : une façon de faire ma part du colibri pour la planète ! », ajoute-t-elle, en référence à la légende du colibri qui crache de l’eau sur l’incendie, et qui répond à tous les animaux de la forêt qui se moquent de lui : « Je fais ma part ».

 ©Le Marais de Mira

« Le projet du Marais de Mira est né d’un rêve et d’une rencontre, celle de mon mari qui souhaitait vivre en autonomie sur un terrain. Les deux projets se sont naturellement liés, aussi simplement que nous », explique-t-elle joliment. « Le Marais de Mira sera donc une ferme nourricière pédagogique qui vise l’autonomie ». Car s’il s’agit bien sûr d’accueillir du public, Marion et son mari veulent aussi partager l’expérience d’un lieu de vie capable d’assurer leur autonomie alimentaire : « Le principe de la ferme que nous sommes en train de créer est d’obtenir une production diversifiée (fruits, légumes, petits fruits, champignons, aromatiques, médicinales, œufs, peut-être viande) afin de nous approcher au mieux de l’autonomie alimentaire et de revendre les surplus en cueillette à la ferme ».

La ferme servira de support pédagogique pour des visites et des animations à thème sur inscription : initiation à la permaculture, jardinage sur sol vivant, culture de champignons sur bûches, plantes sauvages comestibles, transformation des produits de la ferme, vannerie, poterie… « Et puis, nous allons aussi sensibiliser le public à l’incroyable biodiversité du marais et du jardin, avec des panneaux explicatifs, un poste d’observation des oiseaux, un centre de réinsertion de hérissons, des nichoirs à oiseaux et abris à chauve-souris… », ajoute Marion.

D’une exploitation fruitière bio abandonnée à la ferme pédagogique

Marion et son mari ne viennent pas du monde agricole. Sa formation universitaire et beaucoup de lectures personnelles lui apportent les connaissances théoriques. Autodidacte passionnée, elle continue à se former jour après jour : « Les connaissances pratiques, on les acquiert encore au quotidien avec mon mari, en expérimentant sur notre terrain », ajoute-t-elle. Pour la recherche de terres où s’installer, la chance à été de leur côté : « Un ami conservait des fermages sans exploiter les terres, pour les préserver de la désertification agricole que connaît notre région. Il cherchait un repreneur capable de le préserver, nous cherchions un terrain pour notre projet. Nous avons visité et eu le coup de cœur pour ces sept hectares d’anciennes cultures fruitières bio : pommiers, abricotiers, pruniers, pêchers et petits fruits. ».

Le fait de s’installer sur un terrain d’exploitation fruitière bio a ses avantages : « Nous avons la chance d’avoir beaucoup d’arbres déjà bien implantés, même si grand nombre d’entre eux sont morts. Ceux qui ont survécu à l’arrêt brusque de la taille et de l’arrosage, il y a plus de dix ans, sont résistants à toute épreuve ! En revanche, les ronces et le lierre avaient tout colonisé et comme la culture s’était arrêtée brusquement, il y avait beaucoup, beaucoup de nettoyage à faire sur ce qui restait des cultures abandonnées : bâches, filets anti-grêle, fils de fer, ficelles à ballots et autres déchets… ».

Parallèlement, ils consacrent la première année à l’observation du terrain et aux expériences, avant le design définitif du projet. « Par exemple, nous avons transformé la parcelle qui accueillait les cultures et la serre de semis la première année en prairie pour les chevaux. Une autre, qui devait accueillir un jardin de vivaces aromatiques, médicinales et tinctoriales deviendra un petit étang et zone d’observation de la vie sauvage… », précise Marion. « La proximité du voisinage est également un élément à prendre en compte, surtout par rapport aux animaux : nuisances sonores pour le voisin ou incursion dévastatrice du chien sur le cheptel de poules pour nous ! ».

En chemin vers l’autonomie

Après avoir passé de nombreux mois à amender les sols très pauvres (voir morts dans les serres restées bâchées durant des années) pour pouvoir cultiver et nettoyer les parcelles, Marion et Rached en sont enfin à l’aménagement : creuser des mares, faire les bordures des zones de culture, construire le chalet d’accueil et la cave de stockage des récoltes… De gros chantiers qui restent à réaliser pendant les 9 mois qui les séparent de l’ouverture, que Marion envisage avec optimisme : « Nous avons l’hiver pour également finaliser l’administratif, la mise aux normes et les panneaux d’accueil et explicatifs. Il y a encore beaucoup de travail, mais lorsqu’on regarde tout ce que nous avons réussi à réaliser en deux ans, nous avons envie d’y croire ! ».

Si l’autonomie alimentaire n’est pas encore atteinte, ils ont eu cet été suffisamment de production pour faire des conserves et commercialiser quelques surplus de production sur le marché, en attendant de pouvoir proposer la cueillette à la ferme. Car pour le moment, la mise en place du projet absorbe tout leur temps et leur énergie. D’autant que, faute de pouvoir accueillir des wwoofeurs pendant les 3 mois de confinement, ils n’ont pu travailler que tous les deux, avec leurs deux petites filles de 6 mois et 2 ans avec eux, puisque la crèche avait fermé ses portes…

©Le Marais de Mira

Dès cet été, les chantiers participatifs ont donc repris : une aide extérieure indispensable pour un projet entièrement autofinancé et non mécanisé. Et puis, observe Marion, « c’est une façon de faire du lien social, de nous faire connaître et surtout de transmettre notre mode de vie et notre expérience aux personnes qui passent par le Marais de Mira. Nous avons aussi fait appel au financement participatif, tout en partageant les premiers produits de la ferme avec les donateurs qui nous ont aidé à faire vivre ce projet. Nous leur devons énormément : sans eux, le Marais de Mira ne pourrait pas ouvrir ses portes en mai 2021 ! ».

Vivre avec la nature, grâce à elle, et non contre elle

Si le projet engendre pour le moment plus de dépenses que de recettes, il répond aux aspirations personnelles du couple : « C’est d’abord un choix de vie, qui pourra subvenir à nos besoins financiers. Je me suis toujours sentie en résonance avec la nature ; l’écologie et le bio ont rapidement fait sens lorsque j’en ai entendu parler adolescente, et la vie de mes arrière-grands-parents à la ferme, qui vivaient réellement de leur travail sans passer par l’intermédiaire qu’est l’argent m’a toujours fait rêver ».

©Le Marais de Mira

Un mode de vie plus frugal, mais à l’écoute de valeurs qu’ils considèrent comme essentielles : « Travailler directement pour nous, à notre rythme, en écoutant nos besoins et en répondant au mieux à ceux de nos enfants, en réduisant les envies mercantiles. C’est aussi leur apprendre la Vie et son fonctionnement, leur donner du temps au lieu de leur acheter du temps. Nous voulons vivre avec la nature, grâce à elle et non contre elle. »

Pour l’avenir, Marion et son mari souhaitent que leur ferme devienne un lieu productif et débordant de biodiversité. Ils espèrent des bénévoles impliqués dans leur association et envisagent des campagnes de préservations des milieux environnants, comme la plantation de haies bocagères. L’aventure du « Marais de Mira », menée avec beaucoup d’énergie et d’enthousiasme, n’a fait que renforcer les convictions de Marion : « Il faut savoir saisir les opportunités, ne pas avoir peur de se lancer si on est assez fou pour rêver d’un monde meilleur ! ».