Le Mas des Gorguettes : le (bio) rêve devenu réalité d’une bastide agricole aux portes de Marseille

C’est l’histoire d’un défi un peu fou que se sont lancé quatre amis : redonner vie à une bastide abandonnée du 18e siècle, entourée de terrains agricoles, dans les quartiers nord de Marseille. Augustin, Pablo, Maxime et Arthur, le collectif Terre de Mars, ont décidé de cultiver des fruits et légumes bio aux portes de la ville pour nourrir les citadins avec des produits sains et locaux. Et le succès est au rendez-vous…

Terre de Mars
© Terre de Mars

Une Belle au bois dormant réveillée par quatre néo-paysans

Quand on pense micro-ferme urbaine, on imagine le toit d’un immeuble aménagé en potager, ou une parcelle dans un jardin de banlieue. Le Mas des Gorguettes, dans quartier de Sainte-Marthe, à Marseille, ne ressemble en rien à cela. C’est une magnifique bastide provençale du 18e siècle, entourée de 11 hectares de terres, au pied du massif de l’Étoile : collines, champs d’olivier, loin des bruits de la ville, avec en arrière-plan la Bonne Mère et les immeubles des quartiers nord….

Autrefois trop éloignées d’une source d’eau pour y faire pousser des légumes, les terres de Sainte-Marthe abritaient des vignes. Grâce à la construction du canal de Marseille permettant d’alimenter la ville en eau, au milieu du 19e siècle, l’agriculture s’y est développée. Avant de s’éteindre progressivement au fil du 20e siècle, laissant définitivement place à l’urbanisation résidentielle ou retournant à l’état de friche dans les années 80.

Augustin, l’un des quatre membres du collectif, a grandi sur le site des Gorguettes. Il s’est longtemps posé la question du devenir de ce patrimoine familial. Ses études à l’École Nationale Supérieure de paysage de Marseille, où il se lie d’amitié avec Maxime et Arthur, l’incitent à mûrir ce projet de valorisation de terres agricoles en milieu urbain. Deux ans plus tard, Pablo, urbaniste de formation, rejoint le trio et en 2014, leur association Terre de Mars voit le jour. Leur objectif : faire revenir ces terres arables à leur vocation première, en produisant sur place des fruits et légumes de qualité, cultivés en bio, pour les citadins marseillais.

Terre de Mars
© Terre de Mars

Fruits et légumes “made in Marseille”

Avec beaucoup de motivation, peu d’investissement et quasiment aucun financement (si ce n’est une subvention de 5000€), les néo-paysans se lancent dans l’aventure. Sur les terres en friche du Mas des Gorguettes, ils démarrent leurs cultures sur 1 000 m² : variétés de tomates anciennes, haricots verts, oignons, aubergines, poivrons, courgettes constituent les premières récoltes. En jachère depuis près de 40 ans, la “terre de mars” s’avère fertile et les récoltes, vendues sous forme de paniers, prometteuses. Leurs légumes, produits à partir de semences paysannes, sont cultivés sans aucun engrais chimiques.  La certification bio (qui dure trois ans) est en cours : “Nous pourrons afficher le label AB dès janvier 2021”.

Aux fruits et légumes s’ajoute bientôt l’huile d’olive, fabriquée avec les oliviers de la propriété. Depuis, les parcelles cultivées s’étendent sur quasiment un hectare et, ajoute Augustin, “il y a maintenant aussi 160 poules élevées en plein air, dans nos champs. Nous avons aussi démarré une culture de houblon, pour produire bientôt une bière artisanale Provençale”.

Terre de Mars
© Terre de Mars

La production de “Terre de Mars” est vendue sous forme de paniers, proposant des légumes de saison – une quarantaine de légumes différents au fil de l’année – et, à la demande, des œufs. On les commande par SMS, pour venir ensuite les chercher sur place, dans le 14e arrondissement, ou au café l’Ecomotive, au pied des grands escaliers de la gare Saint-Charles.

Aujourd’hui, Terre de Mars fournit environ 50 familles marseillaises par semaine, et prévoit d’assurer 80 paniers hebdomadaires pour l’année à venir, ainsi que de développer la vente directe à l’étal, sur le domaine.

Sept kilomètres  seulement de la graine à l’assiette

Parallèlement, Terre de Mars a développé une activité de traiteur et servi plus de 4000 couverts à Marseille et ses environs en 2018. Bien entendu, en cuisinant leurs propres fruits et légumes, sous la houlette d’Arthur, le chef de cuisine de l’équipe. Ils œuvrent à mettre à l’honneur les saveurs locales : “Nous recréons, grâce au goût, un lien entre le terroir local et les marseillais. Pour un événement réalisé en centre-ville, il y a moins de 7 kilomètres parcourus de la graine à l’assiette !”

Terre de Mars
© Terre de Mars

Ce “bien manger local” qu’ils promeuvent va au-delà de l’assiette : il s’agit aussi de contribuer à une prise de conscience vis-à-vis de la disparition des terres agricoles, de leur importance, et plus particulièrement en proximité directe avec les grandes aires urbaines. Nous sommes en train de perdre ce patrimoine commun, alors qu’il nous est pourtant bénéfique”, déplorent Augustin et ses associés. Ces terres arables sont cruciales pour notre sécurité alimentaire, notre climat et notre avenir”.

L’agriculture urbaine pour contribuer à nourrir les villes de demain

Les citadins sont-ils condamnés à mal manger ? Les zones agricoles péri-urbaines vont-elles inévitablement disparaître sous la pression foncière et l’étalement urbain ? Autant de questions auxquelles l’équipe, venue de l’urbanisme-paysagisme, répond par la négative. En faisant revivre avec succès le Mas des Gorguettes, Terre de Mars montre qu’il est possible de fournir une production locale de qualité, mais incite aussi à repenser l’urbanisation des grandes métropoles.

Terre de Mars
© Terre de Mars

Seule ferme située à Marseille intra-muros, le Mas des Gorguettes est devenue une référence en la matière. Et il n’est pas impossible que cette réussite ait contribué à ce que, lors dernière révision du Plan Local d’Urbanisme (PLU) en date de 2019, davantage de parcelles de la ZAC de Sainte-Marthe aient été réaffectés à une vocation agricole et rurale.

Fervents promoteurs de l’agriculture urbaine, le Mas des Gorguettes ouvre ses portes pour une visite guidée gratuite tous les derniers lundi du mois, d’avril à octobre. Une entreprise de pédagogie et de sensibilisation pour montrer comment ils travaillent, en toute transparence, échanger sur l’agroécologie, la biodiversité, la rotation des cultures et plus encore, mais aussi partager avec les citoyens marseillais la satisfaction d’avoir fait de cet endroit une source de nourriture, d’emplois, de bien-être et de paysage urbain préservé.

Cinq ans plus tard, le projet expérimental associatif est devenu une entreprise viable, co-gérée par les quatre amis : “Depuis octobre 2019, nous parvenons à nous verser quatre salaire et à vivre de notre travail sur le Mas des Gorguettes”, confirme Augustin. « Si on avait un message de sensibilisation à faire passer, ce serait : faire de l’agriculture en ville, autofinancée, c’est possible ! ».

Sources complémentaires : https://madeinmarseille.net/4831-agriculture-urbaine-terres-agricoles-marseille/  https://madeinmarseille.net/43583-agriculture-urbaine-terre-de-mars/