NOUS anti-gaspi, les supérettes bretonnes engagées contre le gaspillage alimentaire

Vendre exclusivement des produits écartés des circuits de vente traditionnels et destinés à finir à la poubelle : c’est le concept innovant de NOUS anti-gaspi, un réseau de magasin qui se déploie en Bretagne depuis un an. Avec pour devise « chez Nous, tout le monde est gagnant, même la planète ! », ils permettent aux producteurs de rentrer dans leurs frais, aux consommateurs de faire des économies, et à des tonnes de nourriture avec de petits défauts mais parfaitement consommable de ne pas être gâchées.

Nous anti-gasp
©NOUS anti-gaspi

Pourquoi jeter ce qui peut être mangé ?

Le premier magasin NOUS anti-gaspi a ouvert ses portes en mai 2018, à Rennes, dans la commune de Melesse. La démarche anti-gaspillage et les prix bas trouvent vite leur public : six mois plus tard, il compte plus de 7000 clients par mois, 150 fournisseurs et 180 tonnes de nourriture revalorisées au lieu d’être jetées. Aujourd’hui, le réseau s’est développé avec un second magasin à Saint-Malo (Saint Jouan-des-Guerets) et deux ouvertures prochaines, toujours dans la région.

Lancé par deux entrepreneurs quarantenaires, Charles Lottmann et Vincent Justin, le projet part du constat qu’actuellement, 5 à 10 % des aliments fabriqués par l’industrie agro-alimentaire sont écartés des circuits traditionnels pour des petits défauts : retard à la livraison, apparence hors norme, fin de série, mauvais étiquetage alors qu’ils sont parfaitement consommables…

Charles Lottman a débuté avec le développement de la marque « Gueules cassées », une initiative pour remettre les produits alimentaires qui ont des défauts d’aspect dans les magasins de la grande distribution. Les supermarchés se montrent réticents, mais il reste convaincu que les consommateurs sont prêts à changer d’attitude de consommation si on leur propose de véritables alternatives. Avec son co-fondateur, Vincent Justin, l’idée de créer des magasins dédiés à ces invendus prend forme : des magasins qui s’adressent à des consomm-acteurs qui ont envie d’aligner leur choix de consommation avec leurs valeurs.

Tout le monde y gagne : le producteur qui rentre dans ses frais, comme le consommateur qui a accès à des produits de qualité à prix réduits, tout en participant à la lutte contre le gaspillage alimentaire. Selon ses fondateurs, faire ses courses chez NOUS permettrait à une famille de 4 personnes d’économiser en moyenne 150 à 200€ par mois, et d’éviter le gaspillage d’environ 30 à 40 tonnes de produits par magasin, chaque mois.

Qu’est-ce qu’on trouve chez NOUS Anti-gaspi ?

On y trouve de tout chez NOUS, vendu en moyenne 30% moins cher : du bio et du conventionnel, des fruits et des légumes locaux, des produits frais (laitage, viande, etc.), des produits secs, des boissons, un rayon vrac, des produits d’hygiène, etc. La différence avec un distributeur traditionnel, c’est qu’en toute logique, NOUS n’a pas de contrats avec des volumes précis : les fabricants n’appellent que lorsqu’ils ont des invendus ou des produits déclassés. Du coup, on trouvera toujours du jambon en magasin, mais pas forcément de la même marque d’une semaine sur l’autre.

Nous anti-gasp
©NOUS anti-gaspi

Les produits qui arrivent chez NOUS sont exclus du circuit traditionnel pour mille et une raisons : un emballage légèrement abîmé durant le transport, une erreur d’information sur l’étiquette du produit, une date limite d’utilisation optimale (DLUO) courte,  des petits défauts de calibre ou de forme… évidemment sans altération de la qualité ni du goût. Et le consommateur est informé, non sans humour, des raisons pour lesquelles le produit a été mis au rebut : « je suis un peu tordu mais ça reste entre nous » dixit le concombre, ou « trop gros, trop petit, pas joli, mais dans la vie on a tous droit à notre chance » pour les tomates…

Tout en étant moins cher que le circuit classique, les fondateurs tiennent à rappeler que NOUS n’est pas un magasin discount : « Notre combat n’est pas le prix bas mais le gaspillage alimentaire. Nous voulons faire de l’anti-gaspi un combat positif et qualitatif. Nous avons donc fait le choix d’un magasin chaleureux et convivial. » En cohérence avec leur démarche, l’ameublement des caisses, et les présentoirs des fruits et légumes sont fabriqués en matériaux recyclés : carton, bois de palette retravaillés. Les sacs en tissus, en vente à prix coûtant, sont faits d’anciens draps, dans un atelier d’insertion par le travail. 

Vers la Bretagne et au-delà

Acheter ces produits déclassés 30 % moins cher que le prix auxquels ils auraient été vendus permet à NOUS de les revendre 30% moins cher. Une belle économie pour les clients, qui ne s’exerce pas aux dépends des producteurs. Comme l’explique Charles Lottman, « on veut donner une rémunération juste aux fabricants et producteurs. Ce n’est pas parce que la tomate n’a pas le calibre parfait qu’elle ne vaut rien. »

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©NOUS anti-gaspi

La relation avec les producteurs, le plus souvent en circuit court, est en effet essentielle pour que le concept fonctionne. C’est pour être au plus près d’eux quand ils proposent des produits frais à date courte, ou des fruits et légumes, que NOUS a choisi de s’implanter en Bretagne, la première région agroalimentaire de France. 

C’est donc en Bretagne que deux autres magasins NOUS anti-gaspi ouvriront bientôt : l’un à Saint-Berthevin, près de Laval, le 29 mai prochain, et l’autre à Châteaugiron, près de Rennes, début juillet.  D’autres projets sont en cours, et l’équipe de NOUS voit grand avec pour objectif d’ouvrir, d’ici 2021, une vingtaine de magasins dans l’Ouest de la France. Avec, à plus long terme, l’envie de développer le réseau dans toute la France : « Nous voulons créer un modèle autour de la valorisation des invendus et de la réduction du gaspillage qui puisse ensuite être répliqué à différents endroits du territoire.» 


Le gaspillage alimentaire en quelques chiffres :

• 10 millions de tonnes de nourriture sont jetées chaque année en France • Jusque 10% de la production est écartée des réseaux conventionnels de distribution, alors qu’il s’agit de produits de qualité parfaitement consommables • Le gaspillage est responsable de 3 % de l’ensemble des émissions carbone en France (soit cinq fois celles du trafic aérien intérieur)

Source : NOUS anti-gaspi