Il ne faut pas toujours écouter ses parents : c’est en faisant le choix de devenir éleveur laitier, contre l’avis de tous, qu’Olivier a trouvé sa voie. Sur son exploitation bio, le contact avec la nature et les animaux lui procurent un plaisir quotidien. Et son rythme de vie, s’il n’est pas exempt de contraintes, lui permet de profiter de ses filles : un choix qui répond à ses aspirations et auquel il trouve du sens.

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Du bureau aux champs, ou comment ne pas résister à l’appel de la nature

Olivier, la quarantaine, est un éleveur bio heureux. A l’écouter parler de son métier, on comprend qu’il lui procure des satisfactions renouvelées : les moments à marcher dans les champs, seul, au petit matin, à observer l’herbe qui pousse, à s’occuper de ses vaches… Ce métier, il l’a choisi envers et contre tous, et d’abord ses propres parents, eux-mêmes éleveurs laitiers en conventionnel. Ils n’ont de cesse de le mettre en garde contre les difficultés du métier et de le pousser vers une autre voie. Après un bac scientifique, il entreprend donc un DEUG de biologie, puis poursuit avec un BTS agricole – production animale. Pendant quelques années, il devient ensuite salarié d’une petite entreprise spécialisée dans l’insémination.

Mais, les années passant, l’insatisfaction s’installe : le contact direct avec la nature et les animaux lui manque. Tout comme la liberté de décision et l’autonomie. En 2010, Olivier décide donc de franchir le pas en reprenant une ferme dont l’exploitant partait à la retraite, à Saint-Romphaire, à quelques kilomètres de Saint Lô, en centre Manche. Reste pour lui à trouver les arguments pour convaincre sa femme de ce choix de vie, elle qui n’avait pas épousé un agriculteur…

Il démarre en conventionnel, dans lequel, explique-t-il, “il est plus facile de réparer ses erreurs”. Mais après 5 ans d’activité, il décide de convertir l’exploitation au bio. Un choix en partie économique, mais qui donne surtout du sens à son métier : “C’est plus rentable, c’est meilleur pour l’environnement, et il suffit d’avoir de l’herbe et des vaches pour faire un bon produit !”. Une logique en toute simplicité qui lui permet de concilier satisfaction professionnelle, éthique, et rentabilité.

De l’herbe, de l’herbe et encore de l’herbe

Sa recette pour trouver l’équilibre ? Peu d’investissements, des charges limitées et l’autonomie alimentaire des animaux. Ses vaches laitières, au nombre de 52, paissent en système herbager sur les 52 hectares de son exploitation. Petite surface, petit cheptel : un mode de production extensif qui fait ses preuves. Côté matériel, il s’équipe du minimum : un seul tracteur. Pour les vaches, pas d’intrants alimentaires, concentrés ou autres. En optant pour un investissement réduit et des charges peu élevées, Olivier limite la prise de risque. Après des débuts un peu tendus, il parvient à stabiliser la rentabilité économique et, aujourd’hui, il n’est plus inquiet pour l’avenir de son exploitation.

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Il décrit son activité comme “très simple” : sortir les vaches, les conduire et les ramener au pâturage, passer le fil avant pour la ration d’herbe, les traire deux fois par jour, nettoyer la machine de traite, et observer si les cheptel est en bonne santé.  Même s’il nuance ensuite : “En bio tout herbager, c’est à la fois plus simple et plus compliqué ! Il faut acquérir une bonne connaissance du terrain, et surtout de la prairie. Mais aussi, bien sûr, de ses vaches. Par exemple, gérer le temps passé au pâturage : elles adorent l’herbe fraîche, mais si je les laisse trop longtemps dans la même prairie, elles me rasent le champ ! Du coup il faut gérer le temps dans le pré, trouver des rotations de pâturage, et compléter la ration avec l’herbe enrubannée et le foin. D’ailleurs, elles raffolent aussi de l’herbe enrubannée, et je dois gérer les rations sinon elles dévorent tout ! “.

Concilier vie professionnelle et vie personnelle

Olivier travaille seul sur l’exploitation, sa femme ayant poursuivi dans une toute autre voie professionnelle. Ses journées de travail sont intenses matin et soir, et ce, tous les jours de la semaine. Une contrainte forte, adoucie toutefois par d’autres compensations : les heures creuses en milieu de journée, qui lui laissent la possibilité de déjeuner avec ses filles dans leur maison qui se trouve à 400 mètres de l’exploitation, ou d’aller les chercher à l’école. 

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Pour s’aérer et avoir une vie sociale, Olivier est adepte du remplacement. Le plus souvent le temps d’un week-end, et parfois davantage : une pause nécessaire, loin de l’exploitation, pour garder la motivation intacte et préserver sa vie de famille. Mais il n’imagine quand même pas s’absenter plus de 10 jours : “C’est difficile de planifier au-delà. On ne peut pas prévoir les conditions climatiques, il y a des choix à faire sur le terrain, en fonction du climat, il faut prévoir les fauches pendant l’été… et même en toute confiance, vient un moment où j’ai envie de constater par moi-même que les vaches vont bien !”.

Désormais éleveur confirmé, Olivier partage ses inquiétudes sur l’avenir de son métier, les fermes non reprises, et les problématiques de l’installation : “Les jeunes craignent les contraintes liées à l’élevage, s’inquiètent de la rentabilité…Mais il y a des systèmes qui fonctionnent ! Il faut le leur dire : on peut vivre correctement de l’élevage, avoir une vie épanouie, et être un éleveur laitier bio heureux ! “