Pourquoi le bio contribue à la préservation de l’eau,
précieuse ressource naturelle

Comme toutes les ressources naturelles, indispensables au cycle de la vie, l’eau est une ressource limitée. Et pour que nous puissions la consommer, il faut effectuer plusieurs opérations avant que l’eau ne soit potable. Or, depuis une vingtaine d’années, la qualité de l’eau ne cesse de se dégrader, contaminée par les fertilisants (nitrates et phosphates) et les pesticides essentiellement d’origine agricole. Pour répondre à cet enjeu de santé publique, comme aux coûts économiques du traitement de l’eau en augmentation constante, le développement de l’agriculture biologique est une nécessité absolue.

De la source au robinet, rendre l’eau potable

L’eau potable que nous consommons provient pour plus de 60% des eaux souterraines, c’est à dire des nappes phréatiques, et pour le reste des eaux de surface (rivières, lacs, fleuves). L’approvisionnement se fait par « captage » de l’eau, le plus souvent grâce aux puits de forage : en France, il existe environ 33 500 captages d’eau (1).

Suivant les régions, la composition de l’eau captée est naturellement différente en calcium, en magnésium, en sodium… Mais rares sont celles bonnes à boire sans aucune opération préalable : même les plus limpides peuvent transportent des bactéries, des virus ou des substances nocives pour l’organisme humain, provenant soit du milieu physique naturel, soit des rejets de certaines activités humaines (2).

Avant qu’elle ne soit considérée comme potable et consommée sans danger, l’eau doit répondre à plus de 60 critères bactériologiques et chimiques : elle doit donc être traitée, plus ou moins lourdement. Tout dépendra de la qualité de l’eau captée en milieu naturel : en toute logique, plus elle sera polluée, plus il faudra la traiter pour la rendre potable (3).

Nitrates et pesticides : la qualité des ressources menacée

Depuis une cinquantaine d’années, les pollutions liées à l’agriculture conventionnelle et à l’élevage intensif, et en particulier à l’usage de nitrates et pesticides, sont à l’origine d’une contamination massive de l’eau. Les chiffres officiels sont accablants : en France, « des pesticides sont présents dans la quasi-totalité des cours d’eau. En 2012, sur les 191 secteurs hydrographiques surveillés, un seul ne comporte pas de pesticides. Des pesticides sont également présents dans la plupart des eaux souterraines, avec des concentrations élevées dans les zones de grandes cultures (nappe de la Beauce par exemple)”.(4)

On évalue également l’état écologique (faune et la flore aquatique, certaines substances chimiques, état physique des cours d’eau) et l’état chimique (respect de normes sur certaines substances toxiques). En 2013, 57 % des masses d’eau de surface étaient en mauvais état écologique et 50 % en mauvais état chimique. Si la qualité des eaux s’améliore pour certains polluants, leur état reste marqué par une présence préoccupante de nitrates, de pesticides et d’autres micropolluants. Pour les masses d’eau souterraine, l’état chimique de plus d’un tiers (32%) est médiocre, principalement à cause des nitrates et des pesticides. Les nitrates sont, avec les pesticides, les polluants les plus détectés au sein des eaux souterraines de métropole.(5)

Les conséquences sont multiples, et directes sur la qualité de l’eau consommée. Malgré les traitements effectués, on estime qu’en 2014, 8,5 % des captages ne respectaient pas les seuils autorisés : soit ils dépassaient 40 milligrammes de nitrates par litre, soit leurs taux de pesticides excédait 0,4 microgramme par litre (6). Dans certains départements, la population a donc consommé une eau qui ne respectait pas en permanence les limites de qualité.

Lorsque le problème s’avère trop important, la seule solution est tout simplement d’abandonner les sources trop polluées. Ainsi, en vingt ans (de1994 à 2015), 8 627 captages d’eau destinée à la consommation humaine ont été abandonnés. La mauvaise qualité de l’eau, notamment en teneur excessive de nitrates et pesticides, en est la première cause (38 % des abandons) (7). Mais combien de temps encore pourrons-nous multiplier les abandons de sites souillés et aurons-nous l’assurance de trouver de nouveaux captages plus propres à la consommation ?

Enfin, la biodiversité aquatique est également victime de cette contamination, puisque les pesticides sont le plus souvent non sélectifs. La présence de certaine espèces est menacée, et le fonctionnement des écosystèmes perturbés par une “suralimentation” en azote qui favorise l’apparition de bactéries toxiques et la prolifération d’algues.

Un impact financier croissant

Cette catastrophe environnementale a aussi de lourdes conséquences financières : entre le traitement des eaux par les usines de dépollution et l’abandon des captages devenus impropres à la production d’eau potable, le coût annuel se situe autour de 54 milliards d’euros (derniers chiffres disponibles datant de 2011, étude du Commissariat Général au Développement Durable) (8). Parallèlement, des mesures coûteuses sont prises pour conserver des captages d’eau destinée à la consommation humaine contaminée par des pollutions diffuses : installation d’usines de dénitrification, réalisation de forages d’eau profonds pour diluer l’eau des captages contaminés, plans d’actions dans les aires d’alimentation de 1 000 captages dits prioritaires, etc. (9) Les consommateurs sont également impactés par les coûts du traitement de l’eau, répercutés sur leur facture, et donc de plus en plus chère au robinet.

La pollution croissante des réserves rend les opérations de plus en plus délicates, faisant aujourd’hui du traitement de l’eau une industrie de pointe. Poursuivre dans la voie d’une agriculture intensive pour investir ensuite dans le traitement de l’eau, abandonner les captages au fur et à mesure… un cercle vicieux dont il serait temps de sortir !

Protéger les captages grâce au bio

Pour inverser la logique, il s’agirait de « prévenir plutôt que guérir ». C’est là que l’agriculture bio a tout son rôle à jouer : développer les cultures bio dans les zones de captage d’eau, c’est éviter que les eaux souterraines ne soient polluées par les nitrates et les pesticides.

L’agriculture biologique, parce qu’elle n’utilise ni pesticides, ni engrais chimiques de synthèse, a un impact positif direct sur la qualité de l’eau : « L’eau sous-racinaire (celle qui va alimenter les nappes) a une concentration nitrique moyenne de l’ordre de 30 mg/l en agriculture biologique, quand il n’est pas rare d’enregistrer des teneurs de plus de 100 mg/l sous les rotations courtes de l’agriculture conventionnelle », confirme J. Garnier, Directrice de recherche au CNRS (10) . En supprimant bon nombre de polluants à leur source, et en particulier nitrates et pesticides, les pratiques de l’agriculture bio permettent donc de diminuer radicalement la pression sur la qualité des eaux, et ce de manière plus forte et pérenne que d’autres formes d’agriculture.

Une solution qui s’avère efficace, mais aussi économe : à Munich (Allemagne), le programme de développement de la bio autour des captages, mis en place en 1991, est revenu 27 fois moins cher que les coûts estimés de dénitrification. La municipalité a incité et soutenu les conversions au bio : dès 2006, la teneur en nitrates et produits phytosanitaires avait diminué de presque 50%, et depuis 2012, la totalité de la surface agricole autour de la zone de captage est désormais bio. (11)

En 2009, le premier Grenelle de l’Environnement avait pris conscience qu’il fallait protéger les ressources naturelles en eau potable en mettant en place un dispositif de protection autour des 500 zones de captage les plus menacées (portées à 1000 en 2013). Parallèlement, un comité de pilotage rassemblant les acteurs de l’agriculture biologique et les agences de l’eau a été créé. Presque dix ans plus tard, les résultats sont mitigés et il reste encore beaucoup à faire pour protéger durablement nos ressources en eau potable . Alors que la directive cadre sur l’eau (DCE) européenne avait fixé des objectifs de résultats, parmi lesquels le « bon état des eaux » pour 2015, voire 2021, l’échéance a désormais été reportée par la France à… 2027 . Dans le même temps, les six Agence des Eaux françaises, qui doivent s’employer à atteindre cet objectif, ont vu leur budget réduit en moyenne de 20% en 2018. A l’heure où l’on parle d’une « reconquête de la qualité de l’eau à l’horizon 2027 », il est plus que jamais crucial de défendre un programme de développement de l’agriculture biologique sur les aires de captage, avec des moyens nécessaires et suffisants pour le mettre en œuvre.

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(1) https://solidarites-sante.gouv.fr/sante-et-environnement/eaux/article/l-alimentation-en-eau-potable
(2) http://www.cnrs.fr/cw/dossiers/doseau/decouv/potable/menuRessour.html
(3) https://solidarites-sante.gouv.fr/sante-et-environnement/eaux/article/l-alimentation-en-eau-potable
(4) http://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/fileadmin/documents/Produits_editoriaux/Publications/Reperes/2016/reperes-2016-eau-milieux-aquatiques-b.pdf
(5) http://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/fileadmin/documents/Produits_editoriaux/Publications/Reperes/2016/reperes-2016-eau-milieux-aquatiques-b.pdf
(6) https://abonnes.lemonde.fr/planete/article/2014/09/04/pollution-aux-nitrates-la-france-de-nouveau-condamnee-par-la-justice-europeenne_4481614_3244.html
(7) http://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/indicateurs-indices/f/2486/0/nombre-captages-leau-potable-fermes.html
(8) http://www.fnab.org/nos-actions/eau/660-couts-des-principales-pollutions-agricoles-de-leau
(9) http://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/indicateurs-indices/f/2486/0/nombre-captages-leau-potable-fermes.html
Barataud, F., Foissy, D., Burel, E., Beaudoin, N., Garnier, J., Billen, G. (2011). Agriculture biologique et qualité de l’eau : une évaluation des effets de la reconception de systèmes de polyculture élevage. In: Colloque annuel du programme PIREN-Seine, 2011 Paris, FRA https://prodinra.inra.fr/record/46830
(10) http://www.fnab.org/images/files/Se%20former%20s%20’informer/Nos%20publications/Document%20FNAB%20Eau%20et%20Bio%20-%202%2003%2013%20VERSION%202%20web%20doubles%20pages.pdf
(11) https://www.researchgate.net/publication/304797956_Agriculture_biologique_et_protection_de_la_qualite_de_l’eau_Coherence_des_politiques_publiques_et_dynamiques_d’agriculteurs
(12) https://www.ecologique-solidaire.gouv.fr/gestion-leau-en-france