S’installer en agriculture est un projet qui se mûrit, en particulier quand on n’est pas issu du milieu. Pour Sibylle, jeune ingénieure agronome, l’expérience de La Pépinière a été l’opportunité de découvrir le monde de l’élevage laitier bio, et d’affiner son propre projet. Avec sincérité et conviction, elle partage ses questionnements, sa recherche du sens à donner à son métier, et son parcours vers l’installation. 

Dans un champ plutôt que dans un bureau

C’est d’abord l’intérêt pour l’environnement et sa protection qui a amené cette jeune femme de 29 ans à suivre la formation d’ingénieure agronome, avant d’être diplômée en 2015. Elevée en banlieue parisienne, loin du milieu agricole, et ayant suivi des études qui ne forment pas à devenir agricultrice, son intérêt se focalise pourtant sur le fait de « mieux comprendre comment produire des aliments, tout en préservant l’environnement ».

Pour suivre son idée, elle consacre donc son année de césure à travailler sur des fermes en WWOOfing : son expérience dans six  fermes différentes lui donne l’occasion de découvrir  plusieurs secteurs et de s’imprégner des réalités du terrain en maraîchage, en élevage ovin, ou encore en élevage porcin…

Le projet de Sibylle de s’installer en tant qu’agricultrice, avec son compagnon, devient une certitude : “Je veux être acteur du développement agricole, en étant moi-même agricultrice. Je suis à la recherche de sens dans mon métier, et pour moi, il se trouve dans les champs, pas dans un bureau ! “, explique-t-elle. Pour autant, à l’issue de cette année sur le terrain, elle se pose encore des questions quant au secteur d’activité agricole dans lequel s’installer.

La Pépinière, une opportunité pour découvrir l’élevage laitier bio

Quand Sibylle entend parler du programme de formation La Pépinière Faire Bien, son intérêt est immédiat : “J’avais besoin de compléter mon expérience : je connaissais les brebis, je me suis dit, maintenant allons voir les vaches ! Et la proposition du programme, avec une première étape de découverte qui démarre par des rencontres et une phase d’immersion, m’a parue très judicieuse ».

Sibylle, candidate au programme de La Pépinière Faire Bien

Avec sept autres participants à La Pépinière, Sibylle entreprend donc cinq jours de voyage découverte en Normandie en octobre 2020. Au programme, la visite de plusieurs fermes bio et la rencontre avec des éleveurs désireux de partager leurs parcours et d’échanger sur leur métier. « C’était vraiment très intéressant, et j’ai été très satisfaite par cette expérience : j’ai eu le sentiment d’une vraie opportunité et d’avoir accès à quelque chose qui est normalement difficile d’accès », observe-t-elle. « Les éleveurs étaient très ouverts au dialogue, ils ont vraiment pris le temps de montrer leur exploitation et de parler avec nous ».

Deux semaines en immersion dans un élevage laitier bio

Après cette première étape, Sibylle poursuit avec les deux semaines en immersion proposées par La Pépinière dans un élevage laitier bio. Le GAEC qui l’accueille dans l’Orne est formé de deux associés qui élèvent un cheptel de 80 vaches laitières à la traite, en prairies, pour une production de lait cru et AOP : « J’ai beaucoup apprécié que ces éleveurs aient vraiment envie de transmettre, d’expliquer leur métier et de partager avec moi ! C’est une vraie démarche engagée de leur part ».

Si la jeune femme échange beaucoup avec les exploitants, elle participe aussi aux tâches sur le terrain : traite, alimentation du troupeau, petits travaux de réparations courantes pendant la période hivernale… C’est aussi l’occasion pour elle de découvrir tout un « écosystème de la ferme », avec les nombreux métiers qui gravitent autour de l’élevage. Ainsi, elle assiste aux visites de techniciens : laiterie, vétérinaire, inséminateur, échographie, tout un fonctionnement de l’exploitation dont elle a pu prendre conscience.

Sibylle, candidate au programme de La Pépinière Faire Bien

Au-delà du contact humain, celui avec les animaux est aussi essentiel : “J’ai beaucoup apprécié le contact avec les bêtes, sans ressentir d’appréhension : le troupeau était vraiment calme et paisible, reflétant bien l’atmosphère qui régnait dans cette exploitation !” 

Un cheminement vers son projet personnel

A l’issue de cette découverte, Sibylle considère que « le parcours de la Pépinière est  vraiment très bien fait pour découvrir le métier ». C’est aussi pour elle l’occasion de « se rendre compte que l’élevage laitier n’est pas une production simple pour ceux qui ne sont pas issus du milieu agricole : c’est très technique, avec beaucoup de choses à apprendre. La relation aux animaux est aussi une grosse responsabilité ».

Un défi qu’elle ne sent pas prête à réaliser aujourd’hui : « Un produit végétal, sur une petite surface, me semble plus accessible pour débuter. Mais cette expérience m’a permis de comprendre que l’idéal serait de m’associer avec des éleveurs, pour que ce soit cohérent : ainsi, les sols sont fertilisés naturellement grâce à l’élevage et à l’usage du fumier, et le pâturage d’une partie des cultures est aussi bénéfique pour la fertilisation des sols. » 

Sibylle et son compagnon ont donc choisi de devenir paysans-boulangers et maraîchers. Avec en tête l’objectif de s’installer en 2022, ils comptent prendre l’année pour continuer à se former par la pratique, parce qu’il est “essentiel de vivre l’expérience avant de se lancer”, de prendre le temps de bien dimensionner leur projet et de commencer à chercher des terres en location.

Sibylle, candidate au programme de La Pépinière Faire Bien

La mutualisation comme clé de la réussite

Sibylle en est convaincue : “ C’est plus enrichissant de travailler à plusieurs que tous seuls dans son coin, et de bénéficier des compétences variées et du réseau ». L’association et la mutualisation des compétences, que ce soit entre différentes activités agricoles complémentaires ou entre « issus ou non » du milieu agricole lui paraissent une piste prometteuse pour tous les porteurs de projets.

« Pour des personnes non issues du milieu agricole, une possibilité pour se reconvertir en élevage bovin laitier serait de s’intégrer dans un élevage déjà existant, et donc de s’associer avec des éleveurs », poursuit-elle. « Ceux-ci ont déjà toute la connaissance technique : la personne va pouvoir apprendre plus facilement que si elle était seule, ou avec d’autres personnes non issues du milieu agricole »

Et l’inverse peut aussi être enrichissant : « Pour des éleveurs ou agriculteurs, s’associer avec des non issus du milieu agricole leur apporte souvent une vision très différente de la leur, par exemple sur l’organisation du travail, voire des compétences qu’ils n’ont pas forcément, comme par exemple l’informatique, la gestion commerciale, la compta, la communication, globalement tout ce qui touche au domaine du tertiaire. Si ça colle humainement, tout le monde peut être gagnant ! ».

Sans oublier,  ajoute-t-elle, une chose essentielle : « Le plus important pour être agriculteur, c’est d’être passionné ! ».